[Spoilers] Indy n’a plus envie…

Attention: Dans un souci d’analyse, je dévoile quelques éléments de l’intrigue.

Depuis un peu plus d’une semaine, le grand Harrison Ford a ressorti son chapeau et son fouet pour une dernière aventure intitulée Indiana Jones et le Cadran de la Destinée, quinze ans après un premier retour qui partait bien trop dans le n’importe quoi ou encore les effets numériques laids et trop présents

Autant dire qu’on n’est pas particulièrement impatients de retrouver notre archéologue préféré sur grand écran, tant la dernière rencontre avec lui fut décevante…

On craint donc très fort que ce nouveau film ne fasse qu’ajouter une ombre de plus à la merveilleuse trilogie originale… crainte d’autant plus prégnante que George Lucas a vendu tous ses droits à Disney en 2012.

Or, la maison de Mickey a démontré ces dernières années, son incroyable capacité à saccager les licences qu’elle rachète (la nouvelle trilogie Star Wars en est un exemple emblématique…)…

Pour elle, les grandes sagas cinématographiques qui ont marqué et bercé l’imaginaire de millions de gens à travers le globe et les âges, ne sont que des « produits » qui doivent permettre de générer encore plus d’argent…

Pour ne rien arranger, comme son aîné, Indiana Jones et le Crâne de Cristal (2008), ce 5e volet a connu une gestation compliquée… tellement compliquée que Steven Spielberg, lui-même, a fini par lâcher son siège de réalisateur, finalement récupéré par James Mangold.

Il faut bien avouer que cette nomination a un peu rassuré les fans, après la déception du départ de Maître Spielberg.

En effet, James Mangold a prouvé avec Logan (2017), qu’il savait développer la part sombre des super-héros (Wolverine en l’occurrence).

De plus, Mangold a également su montrer, avec son film Le Mans 66 (2019), sa capacité à filmer au mieux, non seulement l’action mais surtout, la tension, le risque, le danger permanents qui caractérisent les courses automobiles…

Ce double savoir-faire est essentiel pour mener à bien un bon film de divertissement qui se doit d’offrir des séquences d’action spectaculaires, mais aussi d’être capable de donner de la profondeur à ses personnages, tout simplement pour que le spectateur y croit et s’investisse dans l’univers qu’on lui propose…

Revenons au Cadran de la Destinée : le film démarre sur des rails avec une longue séquence dans un train, en pleine Seconde Guerre Mondiale… Hé oui… vous avez aimé les Nazis dans la trilogie originale ? Ben, on vous les remet

Un homme capturé et cagoulé apparaît à l’écran, fermement encadré par des soldats allemands…

On devine que c’est Indiana Jones ; la cagoule est surtout là pour ménager le suspense du rajeunissement numérique d’Harrison Ford à l’aide de l’intelligence artificielle (de-aging en anglais)…

Harrison Ford rajeuni numériquement (© 2022 Lucasfilm Ltd. & TM. All Rights Reserved).

Le résultat est assez bluffant… tant qu’il ne parle pas. Dès que son visage s’anime, on a l’impression qu’il louche dans une mauvaise animation 3D…

Cette séquence est à l’image du film qui oscille entre les moments sympas et juste « bof »

Pourtant, le film ne ménage pas sa peine, il est généreux : les scènes d’action s’enchaînent, elles sont bien menées, Harrison Ford s’investit à fond, il est même impressionnant pour son âge ! Bon, il est certes bien aidé par les gros plans et le montage rapide, mais ça n’enlève rien à son mérite !

Oui, mais voilà, en dépit de cette profusion d’action, on s’ennuie très vite… on a du mal à s’impliquer dans le film, parce que paradoxalement, il est mou et répétitif

Il y a énormément de courses poursuites et assez peu d’exploration, de découvertes, de dépaysement, de paysages grandioses…

On ne retrouve pas le délicieux parfum d’aventures et de mystères qui caractérisent, avec bonheur, la trilogie originale… L’humour aussi, est moins présent malheureusement…

Heureusement, Phoebe Waller-Bridge développe une belle complicité avec Harrison Ford, dommage que son personnage soit si agaçant dans le premier tiers du film, c’est fait exprès certes, pour la faire évoluer par la suite, mais cela reste très maladroit

Phoebe Waller-Bridge (© 2023 Lucasfilm Ltd. & TM. All Rights Reserved)

Au moins, elle n’éclipse pas Indiana Jones et les deux finissent par bien se compléter. Ils forment ensuite un beau trio avec le jeune acteur français Ethann Isidore.

Harrison Ford aux côtés d’Ethann Isidore (© Walt Disney Company)

Autre grosse maladresse d’écriture : l’attitude du Docteur Jones qui subit l’aventure, initiée par sa filleule (Phoebe Waller-Bridge, donc) plutôt que d’en prendre la tête : il suit la jeune femme, surtout pour échapper à des accusations de meurtres et se fiche complètement du fameux cadran

Difficile donc pour le spectateur de s’y intéresser à son tour… Qui plus est, ce fameux artéfact n’est véritablement utilisé qu’à la fin du film…

Alors certes, c’est aussi le cas du Graal dans La Dernière Croisade (1989) mais il arrive après une quête absolument passionnante et une réconciliation père-fils (Harrison Ford-Sean Connery) très touchante, tandis que dans le Cadran de la Destinée, on n’a pas vraiment ce sentiment.

Son utilisation débouche sur une grande scène, qui a le mérite de surprendre, mais qui tombe malheureusement trop vite dans le ridicule avec notamment un Indiana Jones qui pleurniche : « je veux rester, je veux rester… ». Franchement gênant…

Heureusement, ce n’est pas la scène finale du film mais Mangold et ses scénaristes auraient pu éviter un tel moment à notre archéologue préféré…

Le problème, c’est que le cinéaste n’arrive pas à faire sien l’univers d’Indiana Jones, il confesse d’ailleurs, dans une interview publiée sur le site du Figaro, que réaliser Indiana Jones «était comme enfiler un très grand costume». Un peu trop grand pour lui, visiblement…

Pour illustrer ce ressenti, revenons à la séquence d’ouverture : même si elle s’avère bien rythmée, elle présente plusieurs problèmes, en dehors du rajeunissement : les fonds verts sont bien visibles, heureusement Mangold a la bonne idée de placer la scène de nuit.

Malgré cela, la séquence se rapproche trop d’une cinématique de jeux vidéo (non jouable pour le coup !), comme cela a été dit avant moi.

On note enfin qu’Indiana Jones se « téléporte » aussi dans un wagon à cause du montage trop rapide…

Conséquence de tout cela, cette scène singe son ainée du début d’Indiana Jones et la Dernière Croisade (1989) au lieu de véritablement impressionner et de créer quelque chose de nouveau dans la saga…

C’est à se demander si les exécutifs de Disney ne sont pas réunis, quelques jours avant le début de l’écriture du scénario et se dire :

« Bon, qu’est-ce que les gens aiment dans Indiana Jones ?

– Son chapeau !

– Son fouet !

– Oui, bon d’accord, son costume… et après ?

– Les Nazis !

– Ah voilà, ça c’est bien ! Et sinon ?

– Les énigmes !

– L’aventure !

– Ah non, trop chiant, trop compliqué à faire, trop cher… trouvez-moi un truc plus spectaculaire et plus simple.

– Les bagarres !

– Voilà, parfait ! On tient notre film ! J’appelle Mangold ! ».

Comme avec Star Wars, Disney mise sur la nostalgie sans vraiment réfléchir à la structure de son histoire… Et puis le titre ? Parlons-en du titre !

Le Cadran de la Destinée… franchement !

On dirait le titre de la biographie d’un horloger !

Pour paraphraser le vidéaste cinéma Dirty Tommy, dont j’apprécie beaucoup le travail (allez voir sa chaîne YouTube !), ce titre n’évoque rien, à l’inverse de ses prédécesseurs comme Les Aventuriers de l’Arche perdue (1981) ou encore Le Temple Maudit (1984), qui sont tout de suite évocateurs dans l’esprit du public et donnent envie d’en savoir plus !

Au regard de tous ces éléments, on comprend qu’Harrison Ford soit un peu las (au-delà de son grand âge) et n’ait plus vraiment envie de jouer Indiana Jones… parce qu’en fait, nous non plus, on n’a plus vraiment envie de voir Indy…

Source :

Image d’en-tête : cineseries.com

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