Comme vous le savez, le Festival International du Film Indépendant de Bordeaux a rendu son verdict lundi dernier et c’est à mon tour de rendre humblement le mien en vous parlant de mes coups de cœur personnels.
Le premier film qui m’a régalé les rétines est Au bord de nos nuits blanches, un court métrage réalisé par Elsa Aloisio qui met en lumière, le quotidien très compliqué des travailleuses et travailleurs du sexe…
Reb est travailleuse sociale au sein d’une association et tente de leur venir en aide chaque jour.
Chaque jour, les galères s’enchaînent, chaque jour les problèmes surgissent… la volonté de pénaliser les clients rend le « plus vieux métier du monde » de plus en plus délicat et surtout dangereux à exercer… les clients deviennent plus exigeants et tirent les prix vers le bas…
Reb est avec eux, sur tous les fronts… jusqu’à sacrifier sa vie personnelle (sa compagne ne répond plus à ses appels…).
Julie Moulier crève l’écran dans le rôle (une véritable révélation !), toute en incandescence et en colère refoulée, jusqu’au drame, terrible, un éclair glaçant dans la nuit qui déclenche la révolte… Son monologue face caméra calme tout le monde !
Elle est entourée d’autres comédiennes professionnelles (les excellentes Anne Benoit et Marie Denarnaud, révélée, elle, par HPI, la série à succès de TF1) mais aussi de véritables travailleuses et travailleurs du sexe, ce qui renforce l’impact d’une réalité malheureusement encore trop ignorée…
La cinéaste a d’ailleurs confié après la projection avoir écrit le scénario en collaboration avec elles et eux.
Cela donne un film juste, poignant, militant mais pas stigmatisant, avec de l’humour et beaucoup d’humanité car même dans la plus grande des difficultés, la solidarité peut exister !
L’autre bonne surprise est aussi venue du court métrage avec l’étonnant Les Mystérieuses Aventures de Claude Conseil réalisé par Marie-Lola Terver et Paul Jousselin !
Pourtant, je n’en attendais rien, ou plutôt rien, d’autre qu’un gentil portrait d’un joli couple d’ornithologues, paisiblement installé dans la forêt…
En vérité, c’est bien plus que cela !
On se retrouve avec une comédie loufoque qui part d’un concours de circonstances incroyable (un numéro de téléphone cité par hasard dans un clip musical), pour s’amuser du « choc générationnel » entre jeunes et vieux, au travers de la difficulté que ces derniers peuvent avoir, à utiliser les « nouvelles technologies » comme on dit, mais point de moquerie ici, au contraire, beaucoup de drôlerie et de tendresse !
Catherine Salviat (qui incarne la fameuse Claude Conseil) est diablement attachante en passionnée d’oiseaux et d’animaux en général, ses échanges avec la jeune rappeuse Leys (très impliquée dans ce projet avec pas moins d’un clip et d’une chanson créés pour le film !), sont délicieux, pleins de douceur et d’envie d’aller vers l’autre et, Dieu que ça fait du bien par les temps qui courent !!!
Le « choc » qu’on imaginait au départ devient un dialogue poétique entre deux générations, tel un chant d’oiseau (littéralement !)…
Marie-Lola Terver et Pierre Jousselin nous offrent une fable intergénérationnelle merveilleuse et optimiste, très contemporaine, qui prend même le temps de nous (re)connecter avec la nature…
Les jurys ne s’y sont d’ailleurs pas trompés et lui ont fort naturellement attribué le prix France Télévisions ! J’en gazouille de plaisir !
On termine cette sélection de mes perles personnelles du festival avec un long métrage documentaire saisissant Little Girl Blue de Mona Achache, présenté en avant-première !
Dans ce film, la cinéaste se met en scène, en train de trier les milliers d’archives (lettres, notes…) que sa mère, l’écrivaine Carole Achache, lui a laissé après sa mort en 2016… jusqu’à moment où Marion Cotillard débarque…
Cette envie d’apparaître ainsi dans son propre film aux côtés de son actrice était-elle présente, dès le départ ?
« Ça n’a jamais été une volonté, un truc, cela s’est imposé, parce qu’il y a eu ce moment, dans mon périple de recherches, où j’ai trouvé la voix de ma mère et, j’ai eu cette impulsion vraiment, une impulsion de vie, pas du tout une impulssion de film, de faire revivre ma mère, de lui donner un corps cinématographique, de pouvoir rejouer, post-mortem, des discussions qu’on n’avait pas eu.
Je sentais que ma présence avait un sens, parce que cela racontait [le] processus de création autour de cette histoire (…).
On a tourné dans l’ordre chronologique et petit à petit je me suis extraite du film ».
C’est surtout Marion Cotillard qui disparaît admirablement derrière son personnage…
En effet, après une rencontre presque silencieuse et un peu froide avec sa réalisatrice, Marion Cotillard se déshabille et enfile les vêtements de Carole Achache : ses lunettes, son collier fétiche et se métamorphose progressivement sous nos yeux, jusqu’à nous faire oublier son oscar et ses films précédents !
C’est comme si, on regardait le film se faire véritablement, en direct ! Carole Achache est de nouveau là, face à sa fille… incroyable !
Little Girl Blue en devient un objet cinématographique fascinant, presque hypnotisant, un hommage puissant à une artiste toute aussi fascinante !
Enfin, ce biopic, pas comme les autres, permet à Marion Cotillard de nous rappeler qu’elle est une grande actrice !
Foncez vite découvrir ce projet impressionnant dès le 15 novembre prochain au cinéma !





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