« Pauvres créatures » mais Emma Stone « très riche » !

Cinq ans après, le fascinant film historique La Favorite, le cinéaste grec a l’univers passionnant et si reconnaissable, Yórgos Lánthimos, poursuit son exploration de l’émancipation, au travers de son nouveau film, sorti sur nos écrans depuis le 17 janvier dernier.

Il s’agit de l’adaptation du livre éponyme (paru en 1992), de l’écrivain écossais, Alasdair Gray qui a particulièrement marqué le réalisateur :

« Il y a d’emblée quelque chose de visuellement frappant et de dense [dans son écriture], qu’il s’agisse des thèmes qu’il aborde, de son humour, de la complexité des personnages et de la langue.

Je n’avais jamais rien lu de tel auparavant et j’ai été très impressionné.

Alasdair Gray était peintre. Il a illustré son texte qui, globalement, évoque la liberté d’une femme dans la société.

Un tel matériau ouvrait vraiment la voie pour raconter une histoire comme celle-ci. »

Quel matériau, en effet !

Cet aspect « visuellement frappant » de l’écriture d’Alasdair Gray est parfaitement retranscrit à l’image avec un travail magnifique sur le noir et blanc puis sur la couleur.

Ces couleurs, d’ailleurs, marquent particulièrement la rétine grâce à leur intensité.

Elle confèrent au film une dimension onirique qui nous entraîne vers le conte, la métaphore et le récit initiatique : Bella est un « bébé » dans un corps d’adulte qui a tout à apprendre de la vie et, tout à découvrir du monde…

Elle n’a aucun préjugé sur rien, ni sur personne, elle est absolument sans filtre, c’est un personnage totalement « vierge », avec qui on peut tout faire et, avec qui, tout est à faire !

Un type de rôle rare et extrêmement précieux pour une comédienne ou un comédien !

Emma Stone incarne Bella, avec maestria, dans toute son excentricité, sa folie, sa naïveté et sa candeur, follement attendrissantes…

On la voit déployer un jeu d’une grande richesse (d’où le titre de l’article !), pour donner vie à toutes les facettes de son personnage : on sent sa jubilation à chaque instant !

Elle n’hésite d’ailleurs pas à donner de sa personne pour illustrer la passion que Bella se découvre pour le sexe !

Ce qui donne lieu d’ailleurs à une séquence très drôle avec notre Damien Bonnard national (vu notamment dans Les Misérables (2019) de Ladj Ly) !

Plus généralement, ses tenues extravagantes et la longueur interminable de ses cheveux, renforcent la dimension onirique de Pauvres Créatures, en plus du travail sur les couleurs.

Ces dernières ressortent donc particulièrement bien, grâce à l’utilisation de l’Ektachrome, fabriqué par Kodak.

C’est un type de pellicule positif (et non négatif, comme celles utilisées habituellement), qui se caractérise par une inversion des couleurs, cela permet une captation plus fidèle à la réalité.

Outre les couleurs, son emploi rend les décors (construits pour la plupart en studio à Budapest) encore plus palpables : on évolue dans un monde rétro-futuriste, absolument fascinant !

La cheffe décoratrice Shona Heath s’est beaucoup nourrie du travail d’Albert Guillaume, qui croquait le Paris de la Belle Epoque dans ses dessins satiriques, considérés alors, comme futuristes, par ses contemporains.

Yórgos Lánthimos précise :

« Nous avons toujours essayé d’imaginer que l’histoire se déroulait dans le passé, mais avec la vision du futur.

Je voulais aussi faire un film old school, à la manière de Federico Fellini ou de Michael Powell & Emeric Pressburger ».

Les deux derniers cités (Powell, le scénariste et Pressburger, le cinéaste), sont des figures du cinéma britannique.

Au delà des références évoquées par Lánthimos, on pense aussi très fort à l’expressionnisme allemand qui cherchait à déformer la réalité pour susciter l’angoisse ou la peur chez le spectateur, à la nuance importante, qu’on n’éprouve pas vraiment ces sentiments-là, à la vision de Pauvres Créatures, même si l’exagération est bien présente !

On ressent néanmoins un peu d’ennui, face aux quelques longueurs qui parsèment le long métrage, et… un peu d’agacement aussi, lié aux scènes de sexe (quoique nécessaires pour l’évolution de Bella), un peu trop nombreuses

Cependant, que ces légers points noirs ne vous empêchent pas d’aller à la rencontre de l’extraordinaire Bella, qui vous fera voir le monde autrement et rendra votre esprit plus riche après la séance !

20th Century Studios/YouTube

Sources :

Image d’en-tête : © 2023 Searchlight Pictures All Rights Reserved.

Sites spécialisés :

Secrets de tournage, allocine.fr (lien)

Victoire, L’expressionisme allemand au cinéma, devenir-realisateur.com, 28/07/2020 (lien)

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