Stéphane Brizé et Guillaume Canet nous parlent de leur film « Hors-saison » !

Depuis mercredi dernier, le nouveau film de Stéphane Brizé (connu pour ses films « sociaux » tels que La loi du marché (2015), ou encore En guerre (2018), tous deux, avec Vincent Lindon), est sorti en salles !

J’ai eu la chance d’assister, il y a quelques temps, à une conversation, à trois, entre le cinéaste, son acteur principal, Guillaume Canet, et François Aymé (photo), l’excellent directeur du Cinéma Jean Eustache de Pessac !

Un échange au long cours qui vous apportera un éclairage passionnant sur cette romance déprimée (mais pas déprimante !), drôle et plutôt réussie.

© Biennale Cinema 2023

François Aymé – Vous avez, tous les deux, une carrière magnifique, évidemment.

Vous vous retrouvez sur le film Hors saison, pouvez-vous nous dire, chacun de votre côté, comment cela s’est fait ?

Guillaume Canet – Moi, j’étais très très fan du travail de Stéphane depuis très longtemps ! On se croisait de temps en temps (…).

On est entrés en contact, on s’est invités à des projections…

Stéphane Brizé – …On s’échangeait beaucoup de SMS en se disant : « j’ai vu ça, j’ai vu ton film ! », on se faisait des déclarations d’amour par SMS… ! [Rires]

GC – …et puis un jour, on a couché, voilà ! [Rires]

Il y a eu un événement, il faut le dire aussi, quand même.

J’ai vécu un truc très très étrange : Stéphane m’a proposé un rôle dans Une vie (2016) et, encore aujourd’hui, je n’arrive pas à comprendre pourquoi j’ai refusé… mais je sais que je rêvais de travailler avec lui !

(…) 

J’avais certainement l’impression que je n’allais pas lui apporter, ce qu’il recherchait, que je ne serais pas suffisamment bon, pour ce personnage, et que, du coup, ce serait la première et dernière fois que l’on travaillerait ensemble…

Pour moi, la plus grande marque de satisfaction d’un metteur en scène, c’est quand, il me propose un rôle, à nouveau.

J’ai eu l’habitude de faire des films, plusieurs fois avec le même metteur en scène, et c’est toujours agréable de [se] retrouver !

Stéphane, aussi, a travaillé sur plusieurs films avec le même acteur !

Il y a quelque chose qui naît, qui se crée, c’est toujours très agréable !

J’aime avoir ce lien là, avec un metteur en scène !

Quand [j’ai dit non à Stéphane], je me suis dit : « t’es vraiment un con ! » !

SB – Un peu comme le personnage du film ! [Rires]

GC – Oui, c’est un peu cela ! [Rires]

Je me disais : « tu passes à côté d’une opportunité de dingue et t’es vraiment con ! Il ne va jamais te reproposer un rôle ! ».

Finalement, il est revenu, et cela m’a fait tellement plaisir !

SB – Comme quoi, j’ai l’ego bien placé ! [Rires]

Guillaume a bien résumé : il y des gens qu’on suit comme ça, qu’on suit avec attention.

On aime bien, aussi, les voir avec le temps qui passe, le temps lui va bien je trouve, à Guillaume !

C’est toujours une histoire de synchronicité. La synchronicité c’est quelque chose dont le film parle : ces personnages n’ont pas été synchrones, et là, à ce moment de leur vie, [ils le sont] !

Un metteur en scène et un acteur, pour que cela fonctionne, il faut qu’ils soient synchrones.

C’est quelque chose « qui est là » (sic), qui va remplir la nécessité de l’autre, et inversement !

[Cela] se passe de manière très évidente, tellement agréable, [même si ce n’est pas une colonie de vacances], avec des gens au travail, avec l’engagement qu’il faut pour le travail (en l’occurrence celui de comédien), c’est bien, c’est bon !

Le mec est là, il est au rendez-vous !

On va parler de scénario puisqu’il est question de scénarios dans le film.

Stéphane, vos films précédents s’inscrivaient surtout dans une veine plutôt sociale, là, on est plus dans une veine sentimentale (sans que ce soit péjoratif).

Pouvez-nous expliquer comment vous avez travaillé, notamment avec Marie Drucker, avec qui vous collaborez pour la première fois ?

SB – Il y a un truc un peu saugrenu, Marie Drucker et moi pour écrire le scénario, c’est étonnant !

[Tout commence], il y a très longtemps, avant Un autre monde (2022) (elle joue incroyablement bien [dans le film]).

Marie Drucker dans Un autre monde © 2020 Nord Ouest Films/France 3 Cinéma/Michael Crotto R).

C’est Marie Drucker, qui n’est plus journaliste (ni présentatrice du 20 heures), mais qui est devenue productrice, qui m’appelle : elle a acheté les droits d’un livre et souhaite me proposer d’en réaliser une adaptation, au cinéma.

Je vais la voir, je lui explique que cela ne m’intéresse pas et il s’est passé un truc assez étonnant (qui se passe parfois avec des gens (des hommes, des femmes…)) :

la discussion s’engage et, c’est rare, mais c’est comme si la conversation avait déjà commencé depuis très longtemps !

Il y a une évidence du rapport, de la discussion, quelque chose d’assez frontal, sur les hommes, les femmes, le couple, la vie etc.

On se dit des choses intimes, sans parler de l’intimité, avec une frontalité, une honnêteté, que je trouve absolument géniales (…) !

On reste [ensemble] peut-être deux heures, deux heures et demie, et je lui dis : « écoutez Marie, c’est la première fois qu’on se rencontre, on ne se connaît pas, mais si un jour, j’écris un scénario qui met en scène un couple, franchement je vous demanderais [de participer] ! ».

C’est incroyable [la façon dont] on a échangé, avec tellement d’aisance et tellement d’honnêteté, tous les rideaux qu’on a accepté de soulever pour l’autre, c’était magnifique (…) !

Ce film, [Hors-Saison], est arrivé dans mon désir, comme une nécessité après trois films, je peux même dire quatre (parce qu’Une vie rentre dans [ce schéma]), qui sont des films de « désillusion » :

les personnages, de ces films, ont cru en quelque chose : ils ont cru en la famille, ils ont cru en l’entreprise, ils ont cru au syndicat et boum ! Ils tombent !…

Je fais des films, nourris avec mes propres questions, pour peut-être (certainement même !), pour un peu mieux comprendre « quelque chose de moi dans le monde »(sic), un peu mieux comprendre quelque chose du monde.

J’ai fait la même expérience que mes personnages.

J’arrive au bout : ces films représentent 6 années de travail.

C’est pas si simple… Je suis un peu triste du constat que je fais à ce moment-là, vraiment… je suis habité pour une certaine tristesse…

Là dessus, le Covid vient tous nous balayer et nous imposer de rester chez nous, tout d’un coup, avec un arrêt incroyable, complètement vertigineux, du mouvement, on ne bouge plus !

On est tous traversés par des questions très existentielles, à ce moment-là.

(…)

[Tout] cela fait que j’étais un peu près dans cet état-là, avec ces questions, qui nous habitent tous et toutes :

« est-ce qu’on est à la bonne place ? »
« Est-ce qu’on est avec la bonne personne ? »
« Est-ce qu’on a osé les bonnes choses ? »
«  Est-ce qu’on fait les bonnes choses ? »
« Est-ce qu’on n’est pas en train de se fourvoyer ? »
« Est-ce qu’on est au bon endroit ? »

J’avais tout cela [en tête], plus le rêve, depuis toujours, de filmer une station balnéaire vide, de filmer un piano qui joue tout seul, de filmer un homme et une femme qui se retrouvent, après s’être séparés 15 ans auparavant.

J’appelle Marie Drucker et je lui dis : « voilà, j’ai cette idée-là… » et on part travailler…

Guillaume, le scénario ? L’arrivée du scénario ?

GC – D’abord, il y a eu un café, on s’est vus avec Stéphane.

Il a voulu me parler un petit peu, pour me revoir, me voir en vrai, et [ressentir un peu] les choses.

[Ensuite], il m’a envoyé le scénario.

En général, on ne met pas beaucoup de temps pour lire.

Il y a des scénarios comme [celui-là], qu’on a envie d’aimer, on est un peu stressés en lisant parce qu’on a envie que cela nous plaise, j’avais envie que ça se fasse, enfin, cette rencontre (…), je l’ai lu en une journée !

[D’autres scénarios] mettent plus de temps effectivement, on n’a pas le même entrain, mais cela me faisait rire de faire ce truc de l’épaisseur des scénarios [dans le film] !

SB – Le personnage est un acteur, donc, cela pouvait entrer en écho avec des situations que Guillaume a pu vivre, comme lire des scénarios de manière un peu laborieuse…

Il y a toujours un espace, tout est très écrit, rien n’est improvisé dans le film, mais, avec la possibilité pour les acteurs, de ne pas forcément respecter à la virgule près, mon texte.

En revanche, il n’y a rien à inventer, il n’y a rien à produire, en plus.

Mon travail (et le leur), c’est de donner le sentiment que le texte surgit, comme ça !

Quand il y a des scènes, sans dialogues, et qu’il y a quelque chose à faire, l’acteur va les nourrir de sa propre inventivité après, je lui dirais [si cela me va ou pas].

Mais je me souviens que quand il a fait cela, [comparer les scénarios], on était tous morts de rire derrière les écrans de retour caméras !

Guillaume, il n’y pas de réticence d’un acteur, un peu dépressif, un peu mélancolique ?

GC – Non, non, non, il n’y a aucune réticence !

Je n’ai pas tant été séduit dans le scénario par l’idée de jouer un acteur, même si ça me faisait marrer d’avoir cette possibilité de m’amuser de ce genre de situations, comme les selfies (ça m’est arrivé de le faire comme cela, dans des endroits saugrenus !).

Mais ce qui m’a semblé hyper intéressant et très excitant, c’était de jouer un homme de cet âge, qui arrive à un moment de sa vie où il réfléchit aux choix qu’il a fait, et qui se rend compte que toute sa vie, il a voulu finalement devenir connu, [pour finalement] surtout, devenir enfin, quelqu’un !

J’ai trouvé cela assez beau, en lisant le scénario, de voir [le] chemin de cet homme perdu.

Cela renvoit à une idée fondamentale : quand les gens ne vont pas bien, quand ils sont un peu perdus, à se poser des questions, c’est qu’il y a souvent des regrets…

On se dit : « J’aurais dû changer de vie, j’aurais pas dû rester avec elle ou avec lui, j’aurais dû changer de travail… ».

Mais, en fait, premièrement, il n’est jamais trop tard, et deuxièmement, je pense que tout ce qui est vécu, est formidable à prendre !

Quand on est perdus, au lieu de [s’en inquiéter], c’est bien de regarder autour de soi et de se dire : « ok ! Je suis arrivé jusque là, j’ai appris plein de choses, maintenant, je vais prendre un autre chemin ! ».

On apprend toujours quelque chose !

Je pense que c’est très bien traduit dans le scénario !

Effectivement, autour de soi dans le film, il y a quand même une actrice, [italienne, Alba Rohrwacher, ndlr] qui est quand même, très présente, et qui donne beaucoup de charme au film, dans tous les sens du terme.

Comment l’avez-vous choisi ? Comment avez-vous travaillé avec elle ?

SB – Elle apporte beaucoup de profondeur, en plus de Guillaume. Elle est là ! Elle n’est pas en train de « se regarder être là », elle est là, au moment où, on joue.

Il y a deux très beaux partenaires de jeu, c’est comme au tennis, quand les deux sont bons, cela joue bien !

C’est une intensité, Alba ! Une très grande lumière, une très grand disponibilité !

Il y a quelque chose de ample, de très ample, chez cette comédienne !

C’était génial !

Guillaume était là dès le départ, c’est le premier choisi.

Ensuite, il y a eu des pérégrinations pour savoir, qui allait jouer, en face.

C’est la directrice de casting, Coralie Amedeo, qui m’a demandé si cela m’embêterait si la personne avait un accent étranger.

J’ai répondu : « Non, pourquoi pas ? »

Elle m’a alors parlé d’Alba.

J’étais un peu désarçonné parce que j’avais vu des films dans lesquels elle a joué, beaucoup en Italie (même au-delà), mais c’était toujours des rôles de nanas un peu « cintrées » (sic) : elle était toujours un peu junkie, ou elle avait, comment dire ? Un rapport à Dieu, un peu exalté (…)… Un peu costaud !

Mais grande actrice, attention !

(…)

Je prends rendez-vous mais dans l’idée que ce n’est pas « clé en main » !

On se retrouve dans un bar, avec Amélie (…), je vois Alba, peut-être au deuxième rang (…)… un soleil !

Ce que vous ressentez quand vous la voyez dans la scène du salon de thé (dans la première séquence), c’est ce que je ressens !

Alba Rohrwacher (© Gaumont/Alamode Film)

Elle a une lumière intérieure, une gentillesse (c’est quelqu’un de chouette humainement), un enthousiasme [et] une grande humilité.

(…)

On a fait une après-midi de travail : c’était extraordinaire, la manière dont on s’entendait !

Elle entrait dans ma façon de faire, qui, sans entrer dans les détails, n’est pas totalement académique, et c’était chouette !

J’avais le sentiment que cela allait bien aller avec Guillaume !

Il y a une chose très importante pour ces rôles-là, ce sont des rôles un peu « en creux », car il faut quand même « être là », faire le même poids que le personnage de Guillaume Canet, qui, même s’il doute, reste puissant socialement.

Il faut du très très lourd et Alba… c’est du très très lourd !

Et vous, Guillaume ? Le travail avec Alba ?

GC – Moi, je n’ai pas du tout accroché avec elle ! [Rires]

Je l’avais rencontré dans un dîner au Festival de Cannes, j’étais venu remettre un prix, à la clôture… en général, je remets souvent des prix… j’en reçois pas beaucoup, mais j’en donne beaucoup ! [Rires]

Mais ça, c’est une autre histoire !

J’ai adoré cette rencontre !

J’étais assis à côté d’elle et de sa sœur, Alice, qui fait des films magnifiques.

Quand Stéphane m’a parlé d’elle, j’ai trouvé l’idée géniale !

(…)

Le scénario et la musique m’ont renvoyé à l’amour que j’ai, pour le Cinéma de Sautet (…).

J’ai adoré les films [que Stéphane] a fait avant : on ne parle pas assez de [celui] avec Vincent Lindon et Hélène Vincent, Quelques heures de printemps (2012).

Il m’a totalement bouleversé ! Je crois que j’ai rarement pleuré autant, en voyant un film… il est vraiment splendide !

Hélène Vincent et Vincent Lindon dans Quelques heures de printemps (2012) (© Diaphana Distribution)

(…)

Le fait qu’[Alba] ait un accent et qu’elle soit étrangère, cela raconte quelque chose en plus sur sa fragilité, le côté expatrié…

C’est Romy Schneider dans les films de Sautet.

GC – Voilà.

(…)

Romy Schneider, quand elle vit, ce ce qu’elle vit (avec Montand et tout) : il y a un côté mystérieux sur son passé.

Yves Montand et Romy Schneider dans César et Rosalie (1972) de Claude Sautet (IMDB)

Sur le personnage d’Alba, cela rajoute quelque chose de cet ordre là, en fait (…).

Dans le travail (…), c’est extraordinaire quand on joue avec des grands acteurs, c’est vraiment extraordinaire !

On est portés par quelque chose de formidable, qui est immédiat !

À « action ! », il se passe un truc, on est dans une bulle avec cette personne, dans une énergie, qui font que c’est tellement agréable !

Il y avait des scènes qui se terminaient au « coupez ! » et moi, j’avais envie que cela dure !

(…)

C’était formidable de travailler avec elle !

Stéphane, vous évoquiez, tout à l’heure, votre envie de tourner un film dans une station balnéaire, mais l’hiver !

C’est le contre-pied de l’image habituelle de tels endroits, et des hôtels 5 étoiles : on a une sorte de lenteur, un peu de dépression, de mélancolie, mais tout cela devient très agréable !

Comment avez-vous organisé ce pari-là, tous les deux ?

SB – J’ai déjà fait des films où on prend son temps, quand même, comme Je suis pas là pour être aimé (2004).

J’aime bien prendre ce temps-là (j’ai fait des films plus speed: En Guerre (2018), Un autre monde (2021)…), je suis assez à l’aise, avec cela.

Vincent Lindon dans En GuerreNord Ouest Films)

Je vais vous dire : je parle trop !

Je fais des trop longues réponses ! En fait, j’ai le sentiment d’être plus proche de ma vérité intérieure quand je suis dans ce rythme-là, [lent].

[Autrement], j’ai l’impression d’être tout le temps en train de masquer quelque chose, en mettant du « trop » (trop rapide, trop de mots etc… même si j’essaie de faire attention à ce que je dis !).

Quand je vois des gens qui prennent le temps de trouver le bon mot, je trouve cela magnifique ! Je ne prends pas souvent ce temps-là.

Là, je [le] prends et je suis payé pour le faire, c’est cela qui est génial ! [Rires]

J’aime ce temps-là, c’est le temps de la vie en fait !

Il y a pleins de moments comme cela, où, on peut être assis, à regarder la mer par la fenêtre… dans un état un peu contemplatif.

La vie n’est pas tout le temps speed !

L’idée de filmer le désarroi dans une certaine forme de lenteur ne m’inquiétait pas. J’étais même, sans être présomptueux, assez certain de pouvoir faire rire avec cela !

Je pense qu’il y avait aussi nécessité de rire avec ce gars, qui, socialement, va bien.

Même si ses peines, ses tourments sont respectables, il aurait été un petit peu déplacé de mettre [ce personnage sur le même plan que ceux de mes films précédents], qui [eux], étaient réellement impactés par quelque chose de douloureux du monde…

Cet homme paraît avoir, ce qui semble être « tout », mais il est confronté à des espaces « 5 étoiles » qui ont l’air tellement « en toc », que je trouve cela dément !

C’est dément de pouvoir presque « tout avoir » et finalement, d’aller dans un endroit qui sonne creux (tel qu’il est filmé) !…

C’est une forme de représentation de quelque chose d’un peu fake (sic) dans sa vie (…) : Cela sent l’argent mais cela sent le fake aussi, en même temps…

Traduire cela par le décor et la mise en scène, c’est important !

Comment travaille-t-on le « moins y’en a, mieux c’est », en tant qu’acteur ?

GC – Dans mon travail, j’ai toujours essayé de demander aux réalisateurs de voir s’il n’y avait pas des choses qu’on pouvait enlever aux dialogues, et de les jouer, plutôt.

Certaines idées passent mieux dans un silence, dans un regard, dans une attitude, que dans un dialogue.

(…)

Il faut déjà faire confiance au metteur en scène, à l’idée qu’il a du rythme du film, à la manière dont il veut le raconter, cela m’a surpris par moments, je dois avouer, et [Stéphane] le sait ! [Rires]

Je me suis retrouvé, assis sur un transat avec un scénario et je devais lire. [Stéphane] me dit : « t’es assis là, tu lis le scénario. », voilà.

Guillaume Canet lit un scénario ! (© Gaumont / Alamode Film)

Donc, la caméra est en face, je commence à lire une première page du scénario (que l’accessoiriste m’a donné), une deuxième, puis une troisième… je commence à me dire qu’elle est quand même très très longue, cette prise ! [Rires]

Je regarde discrètement, je lève la tête, je vois que caméra ne bouge pas, personne ne bouge dans l’équipe, c’est quand même très chelou ! (sic)

Je continue à lire, j’arrive à la page 27, là, c’est quand même très, très long ! [Stéphane] ne va jamais monter cela ! [Rires]

Je commence à m’impatienter, je lève la tête et là, j’entends : « pourquoi tu lèves la tête ? » et c’est reparti pour dix minutes ! [Rires]

Au bout d’un certain, j’ai compris : ce que Stéphane veut, c’est qu’on lâche prise !

Il veut que Guillaume Canet arrête de se poser des questions et que Mathieu, [son personnage], intervienne, qu’il lise vraiment un scénario, qu’il ne soit pas en train de faire croire qu’il lit un scénario !

J’ai compris cela, en fin de journée, j’étais dans les bains à remous ! [Rires]

J’ai jamais passé autant de temps dans l’eau ! J’étais tout flétri, en fait ! [Rires]

[Stéphane] voulait que je regarde une photo, une grande photo devant le jacuzzi.

À un moment, j’en pouvais tellement plus, que j’ai le regard qui a « dû partir » (sic) et là, [Stéphane] me dit : « c’est ça que je veux ! [Rires] ».

Après, c’était beaucoup plus facile de ne pas attendre, de ne pas demander combien de temps allait durer la prise, et en très peu de temps, j’étais dans le bon truc !

C’est essentiel, ce que [Stéphane] nous fait faire !

C’est pour cela que ces films paraissent très très vrais !

Parce qu’il va chercher la vérité, cette véracité, dans l’interprétation, dans le jeu, [le moment] où, on n’est pas en train de « jouer à ».

On vit les choses (…) !

J’ai une scène où, on marche sur la pluie, sur la plage. Je suis au bord de l’eau, [l’équipe est] à 200 mètres…

SB – …c’est la scène où on entend la voix-off (quand il laisse le message) [avec] le lent [plan panoramique] où l’on voit Guillaume, face à la mer.

GC – Ce qu’il faut savoir, c’est qu’il y avait 200 km/h de vent, des embruns… j’avais jamais vu cela de ma vie ! [Rires]

C’était comme si vous mettiez 24 pommeaux de douche, face à vous, avec l’eau à fond !… Je suis trempé, de la tête aux pieds !… Et ça dure, ça dure, ça dure ! [Rires]

Au bout d’un moment, [Stéphane] vient me voir hyper content, parce qu’il a eu les 4 secondes magiques [avec la] mouette qui [est] passée juste au moment où la vague… [Rires]

Bref, il a tout ce qu’il voulait réuni ! Et il me dit : « c’est génial ! » [Rires]

Oui, C’est génial ! C’est génial pour un acteur de voir cela !

Le pire, c’est que je suis pareil ! Je peux oublier certaines choses [en tant que cinéaste] !

C’est cette véracité là que j’adore dans le travail, et de prendre le temps [de faire les choses].

Un grand merci à Guillaume Canet, à Stéphane Brizé et aux équipes du Cinéma Jean Eustache de Pessac, pour ces beaux échanges !

Hors-Saison est en salles depuis le 20 mars.

Gaumont/YouTube

Sources :

Images d’en-tête : © Crédit photo : Alain Birocheau

Document audio :

Enregistrement personnel

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