Jean-Jacques Annaud nous raconte « Le Nom de la Rose » !

Le Nom de la Rose est sorti en version restaurée Blu-ray 4K au début du mois !

Pour fêter l’événement, je vous propose un retour très détaillé sur une magnifique soirée au cinéma Jean Eustache de Pessac, soirée au cours de laquelle, le fabuleux Jean-Jacques Annaud est revenu sur l’aventure vécue autour de la création de ce film, désormais culte : la difficile adaptation du livre, ses réticences puis sa joie de travailler avec Sean Connery, ou encore le mauvais comportement du fraîchement oscarisé à l’époque, F. Murray Abraham (qui joue l’Inquisiteur dans le film)…

Les échanges étaient, comme toujours, orchestrés par l’excellent François Aymé, directeur du cinéma (à droite sur la photo).

Commençons par parler d’Umberto Eco, comment son livre arrive entre vos mains, comment l’idée, le projet, de l’adapter en film, est-elle née (parce que c’est quand même un film, très dense) ?

(…)

Un matin au petit déjeuner, je lis un tout petit entrefilet du Monde où il était écrit qu’il y avait un livre surprenant, très bien accueilli par les critiques italiens, qui se passait dans un monastère.

Il s’agissait d’un polar, autour d’un livre en Grec (La Poétique d’Aristote).

Là, je me dis : « ce bouquin a été écrit pour moi ! ».

J’ai une passion d’enfance pour le Moyen Age ([à] l’âge de 6 ou 7 ans, je photographiais des églises, parce je les trouvais mystérieuses, et que ce n’était pas du tout l’univers dans lequel j’évoluais).

Pendant mes études de Cinéma, j’ai continué le Grec à la Sorbonne, le Latin, j’ai fait des études d’Histoire du Moyen Age.

(…)

J’ai obtenu de chez Grasset, le livre, qui n’était pas encore en vente.

Je me souviens qu’à la page 70 par-là, j’appelle mon agent pour lui demander de voir, si les droits [d’adaptation] sont libres.

[Il] me rappelle à la page 140 et me dit que ce n’est pas la peine de continuer, les droits sont pris… je continue [ma lecture], évidemment.

[Arrivé à la] page 250, je le rappelle et lui demande : « écoute… qui a les droits ? ».

[Réponse] à la page 378 [rires] : « Malheureusement, c’est la télévision italienne, c’est la Rai… ».

[Arrivé à la] page 500, je le rappelle pour lui demander de me décrocher un rendez-vous avec le directeur de la Rai.

Le lendemain, j’ai fini le livre (…), et je suis accueilli à Rome pour le Patron de la Rai, un monsieur très gentil, tout seul, dans un grand bureau.

Je lui demande, avec le sourire, qui est le metteur en scène du Nom de la Rose et il me répond : «  Ah… c’est un peu… très compliqué… c’est un livre enchevêtré qui associe les histoires théologiques… ».

Je lui dis : « Attendez, je sais qui c’est… c’est moi ! ».

Ça la fait rire et il m’a alors dit de rencontrer Umberto Eco.

(…)

J’ai donc pris rendez-vous avec lui (…).

Il me dit : « Ecoutez, je passe par Paris dans quelques jours, si cela ne vous dérange pas, venez me chercher, à mon hôtel, à Montparnasse et vous m’emmenerez à Orly (ou à Roissy, je ne sais plus). Hélas, c’est à 6 h 00 du matin, qu’il faut venir… ».

Je vais [donc] le chercher à 6 heures du matin.

Évidemment, à cette heure-là, le hall du petit hôtel est complètement désert, et j’entends : « Toc ! Toc ! Toc ! », des pieds qui descendent des marches…

Une ombre se projette sur le mur, c’est l’ombre de Sherlock Holmes !

Il a le chapeau deerstalker, le chapeau du chasseur de cerf [littéralement « traqueur de cerf », ndlr], et la pipe !

[C’est ainsi qu’]arrive Umberto Eco.

Je fais semblant évidemment de ne pas reconnaître Sherlock Holmes, je me présente à lui, et je crois que je lui dis ceci en souriant : « écoutez, vous ne le savez pas, mais vous avez écrit le livre pour moi ! ».

Il me demande pourquoi et je lui réponds : « je continue à lire Aristote (en particulier la Poétique) dans le texte ! ».

(…)

C’est un livre essentiel.

S’il y a des gens qui veulent faire du Cinéma et qui ont besoin de connaître la structure d’un drame cinématographique ou d’une pièce de théâtre, [il suffit de lire] La Poétique, vous êtes tranquille pour la vie, pas la peine de vous embarrasser avec tous ces bouquins qui expliquent comment écrire un scénario !

Vous parliez en quelle langue avec Umberto Eco ?

[Nous nous parlions en français] : Umberto était un magnifique francophone avec un langage châtié, d’ailleurs c’était une des rares personnes, quand il me parlait de mon film L’Ours, me disait au pluriel : « les our » parce qu’au pluriel, on ne doit pas prononcer le s.

[Lors de notre première rencontre], je lui explique ma passion pour le Moyen-Âge et je lui dis un truc d’une immense coquetterie : « Ecoutez Umberto, puisque nous sommes là, vous avez bien compris que j’adore votre livre, mais je voudrais que ce soit vous qui ayez envie de moi, donc je ne vais pas vous demandez de signer tout de suite ».

Et c’est ce que j’ai fait : je suis beaucoup allé le voir dans sa maison de campagne, j’adorais les moment où il jouait de la flûte avec son fils, c’était très convivial.

J’ai voulu connaître l’homme, en sachant qu’Umberto ne voulait pas travailler au scénario, c’était hors de question.

Il me disait toujours : « c’est mon livre, il est en vente dans les librairies.

Le film sera ton film, il sera visible au cinéma. Je ne veux pas y toucher. Si t’as envie de faire une comédie musicale, fais-le ! ».

(…)

Le rapport [entre nous] était formidablement chaleureux !

J’ai envie de dire jusqu’à aujourd’hui… malheureusement Umberto est décédé [en 2016, ndlr]…

Je suis resté très ami avec son fils qui était un de mes stagiaires sur le film, avec son épouse (qui est une amie de la mienne), on a réussi à [devenir] une famille.

C’est grâce à Stefano Eco et Renate (sa maman) que vous pouvez voir le film ce soir [le 2 avril 2024, ndlr].

Le film a été séquestré, je crois que c’est le mot qui convient, pour une héritière, qui n’a évidemment pas du tout participé au film, mais qui croit être assise sur un tas d’or…

Les droits sont bloqués. Le film ne peut pas être vu dans la plupart des pays du monde…

Il a été parfaitement restauré par une équipe allemande.

(…)

Le patron de la Rai disait que le livre était enchevêtré. Comment êtes-vous sorti de cet enchevêtrement ?

Je me souviens très bien que j’avais posé le livre sur le rebord de mon bureau et, de temps en temps, je lui disais : « toi, je t’aurai ! ».

J’ai fait 17 scénarios.

À la 9e version, j’ai dit au premier scénariste, Alain Godard (avec qui j’avais fait Coup de Tête et une grande partie de La Guerre du Feu), qu’il fallait tout reprendre !

Il s’est effondré dans mon bureau et a cité une [réplique] qui figure dans le film : « Mon Dieu ! Cela ne finira-t-il donc jamais ? ».

J’ai enchaîné avec Gérard Brach (grand scénariste devant l’Éternel !) avec lequel j’ai fait l’Amant… enfin, avec lequel j’ai tourné l’Amant ! [Rires]

Gérard a fait 3 versions.

Ensuite je suis passé à l’anglais avec Howard Franklin (qui est devenu metteur en scène après) et j’ai terminé avec Andrew Birkin (le frère de Jane) qui joue d’ailleurs le rôle du franciscain complètement moche, enfin encore plus moche que les autres ! [Rires]

C’était son style ! Il ne changeait jamais de baskets !

Lui aussi s’est effondré à la 14e version, je crois.

Andrew Birkin (imdb.com)

[Finalement], j’ai pris le collier tout seul et on a tourné la 17e.

Le seul moment où j’ai parlé du scénario à Umberto, je lui ai dit :

« Toi, tu abandonnes la fille… [jouée par Valentina Vargas, ndlr]

et il me répond :

« Non, je l’ai tué d’une manière littéraire…

– C’est quoi « la tuer d’une manière littéraire » ?

– À la page 205, je l’oublie ! 

– Mais moi, Umberto, je ne peux pas oublier, puisqu’à la fin, dans ton livre, ton personnage dit que c’est le seul souvenir de sa vie ! La seule union de sa vie ! On la voit faire découvrir la relation charnelle avec ce jeune homme, je ne peux pas l’oublier ! Le Cinéma, cela se voit en 2 heures !! Les gens sont imprégnés de ce qu’ils ont vu ! Si la fille disparaît ! Il y a un manque ! On a coupé une bobine ! ».

Christian Slater et Valentina Vargas (imdb.com)

Il en a convenu, il ne m’a jamais ennuyé.

Sa grosse crainte c’était Sean Connery… il était horrifié que je [l’ai] pris !

L’agent de Sean Connery m’appelait deux fois par mois : « Jean-Jacques, il faut que tu rencontres Sean Connery ! ».

Je lui disais : « Je ne veux pas Sean Connery ! Le personnage est déjà un mélange entre Guillaume d’Ockham, grand théologien du Moyen-Âge, et Sherlock Holmes, je ne vais pas rajouter 007 quand même ! » [Rires]

(…)

Cela dure un an. Je fais la tournée : je suis même allé voir un acteur en Nouvelle-Zélande. J’ai vu des acteurs en Australie… partout où on parlait l’anglais !

J’étais vraiment un imbécile : je voulais quelqu’un d’inconnu, qui ait la soixantaine… avec un talent fou ! Un acteur charismatique ! Cela n’existe pas, c’est tout ! [Rires]

J’ai été obligé d’émigrer de France, parce que je n’ai pas pu monter le film en France (pourtant Warner avait donné l’argent) mais les Français n’ont pas osé faire le film (…)…

Je suis allé vivre en Allemagne (où le film a été produit).

Un jour, mon producteur allemand, un type absolument formidable, qui est toujours un mythe en Allemagne, il s’appelait Bernd Eichinger.

Il vient un lundi matin, dans mon bureau à Munich :

« Dis donc, j’ai oublié de te dire, tu as un visiteur…

– Ah bon ? ».

Je le vois, hésitant, il me dit :

« C’est Sean Connery…

– Oh non, écoute, tu fais chier, ça fait 20 fois que je lui ai dit non !

– Eh bien, comme ça tu lui diras non de vive voix, et on sera débarrassés ! ».

Vingt minutes après, on frappe à ma porte. [Elle] s’ouvre…

Qu’est-ce qu’il est beau, le mec ! Incroyable de charisme !

Beaucoup mieux qu’au Cinéma ! (…)

Je comprends pourquoi toutes les femmes tombaient à la renverse ! J’en ai vu beaucoup d’ailleurs… sur le plateau ! [Rires]

Il avait le scénario sous le bras, il me regarde et il me dit : « listen boy… » avec cette merveilleuse voix que je ne peux pas imiter, le « boy », c’était moi, [cela voulait dire] « écoute, petit… ».

Il ouvre le scénario que je connaissais par cœur (17e version ! Rendez-vous compte !), la mélodie je l’avais dans la tête, ce qu’il me lit… c’est encore mieux que ce que [j’imaginais] ! Très similaire mais mieux !

À la page 5, je lui dis d’arrêter, je cours voir mon producteur et je lui dis :

« On l’a ! C’est d’accord !

– Tu vois ! Pourquoi tu disais non ?

– Toi aussi, tu disais non ! [Rires] »

Sean Connery (imdb.com)

Problème : la même semaine, je reçois un coup de fil de mon agent américain (un type que j’adore, francophone, formidable !), qui me dit [qu’il devient Président de Columbia, le studio qui distribue mon film] !

Avec mon producteur, je file chez Columbia, à Los Angeles et cet ami me redemande qui j’ai choisi pour le rôle principal, je lui réponds : « Sean Connery… », après une hésitation.

Il devient tout blanc et redevient mon agent d’une certaine manière : « Non, je ne peux pas te laisser faire ça, tu vas pulvériser ta carrière ! ».

Il me fait description abominable de Sean Connery et me dit : « je te l’interdis ! ».

[il demande confirmation à mon producteur] et il déchire le contrat, il avait le droit de refuser l’acteur principal… on a tourné le film sans distributeur américain…

Umberto [non plus, n’était pas content] !

(…)

On démarre [donc le film] dans une sorte de catastrophe… mais moi, j’y crois et… Sean est formidable !

[Il] a été un amour ! Je n’ai jamais dirigé un acteur aussi facile ! Il fait tout exactement comme c’est répété !

(…)

Je me souviens qu’un jour, il me [demande] :

« est-ce que tu es content du texte ?

– Ecoute, là, tu as marqué une pause de deux secondes entre ces deux mots. Fais… deux secondes et demi ! ».

Il refait… avec deux secondes et demi !


Ce niveau de professionnalisme est extraordinaire !

J’avais l’impression de conduire une voiture de luxe et il était entièrement au service du film.

Sean Connery (imdb.com)

Il y a juste une fois : j’étais en haut de la tour, figurez-vous que dans ces grands décors, je travaille avec des jumelles, pour voir les détails…

Je regarde et je vois quelque chose de bleu sous la robe de Sean (…)… Mon assistant va voir et il me dit : « c’est des chaussettes ! ».

Je descends voir Sean et lui demande :

« Qu’est-ce que c’est que ces chaussettes ?!

– C’est ton habilleuse qui me les a tricotées !

– Je ne lui ai pas demandé de te tricoter des chaussettes bleues, moi !

– Oui, mais moi, j’ai froid aux pieds !

-‘Ecoute, tu ne peux pas avoir des chaussettes, les franciscains veulent montrer qu’ils sont pauvres, comme les autres, donc ils sont pieds nus, éventuellement dans des sandales en peau de chèvre, non tannée.

– Oui, mais ce franciscain-là peut avoir des chaussettes !

– Ce franciscain-là, c’est le penseur de l’ordre franciscain, c’est lui qui a décidé ça ! Ce personnage-là ne peut pas avoir de chaussettes ! ».

Seul geste de mauvaise humeur, il enlève ces sandales et jette ses chaussettes et me dit : « I hate these fucking monks ! » (« je déteste ces putains de moines ! »).

(…)

Comme dans le roman d’Umberto Eco, vous développez le goût pour l’érudition, pour l’Histoire, pour l’architecture, pour la religion et en même temps, vous faites un film ambitieux, très grand public, j’ai envie dire même, très grand spectacle !

Comment arrivez-vous à concilier ces deux objectifs qui sont souvent antinomiques ?

Non, non, non, il se nourrissent l’un, l’autre !

Moi, c’est ma vie ! Je vis dans les livres, je vis dans les musées, c’est ma nature ! Pour moi, ce n’est pas du tout antinomique !

D’abord, je pense que mon métier est un métier de spectacle.

On m’en a beaucoup voulu, j’ai eu de très mauvaises critiques pendant longtemps, parce que j’acceptais de dire que je faisais partie du entertainement business, dans le milieu du divertissement.

(…)

Un jour, je dînais [chez Umberto], le téléphone sonne, c’était au début de la publication.

Sa femme décroche, c’est une conversation en allemand, je comprends : « 9 000 ? Ah, c’est beaucoup ! Comment ça 90 000 ? Non, 900 000, c’est pas possible ! ».

Elle raccroche et et dit à son mari en italien : « troppo successo ! Troppo successo ! » (« Trop de succès ! »).

Umberto comprend qu’il a vendu 900 000 livres en Allemagne… dans la semaine !

Il me dit : « tu te rends compte, Jean-Jacques ? Si tout mes lecteurs vont voir ton film ? Le succès que ce sera ? ».

Je lui dis : « Umberto… on est pas dans les mêmes chiffres au Cinéma. S’il n’y a « que » tes lecteurs qui voient mon film, je serais amené à ne plus jamais faire de Cinéma… ».

Aujourd’hui, le film coûterait dans les 75 millions de dollars.

On ne peut pas les rembourser que sur la France, ou même sur l’Europe ! Il faut faire un triomphe au Japon, au Brésil etc.

(…)
Même si les gens ne sont pas très familiers d’Aristote, ils savent que c’est quelqu’un d’important (…) dans l’Histoire de la Littérature.

(…)

Il faut oser être ambitieux ! Il faut oser faire une musique, à priori complexe, qui [mêle des] synthétiseurs et des instruments anciens, faut oser !

Parce que sur le papier, on va me dire non ! C’est ce que m’ont dit tous les producteurs français…

(…)

Dès que ce n’est pas la suite d’un truc qui a marché la veille, c’est quasiment impossible de faire un film, tous les cinéastes vous le disent…

Or, ce n’est pas plus difficile de faire un film à 75 millions de dollars pour le monde, qu’un film à 4 millions pour la France.

Je pense beaucoup à vous [les spectateurs], quand je tourne. (…). Je me mets à votre place ! Je fais mes films pour vous !

[J’ai des collègues qui disent] : « Oui mais moi, j’ai besoin… » et je leur dit : « achetez un miroir, parlez-vous, dites vous que vous êtes formidable et ça coûtera moins cher que de faire un film ! ».

Enfin, bon… je m’égare ! [Rires]

L’atmosphère du film est frappante : de la première à la dernière image, on est dans cette abbaye, dans ce décor assez incroyable, comment crée-t-on cette atmosphère ?

C’est un ensemble très complexe (…).

[Il faut une atmosphère cohérente] parce que quand vous changez de décor, que vous changez de lieu, il n’y a plus la cohérence qui s’impose.

Or, la cohérence est elle faite pour quoi ? Pour que vous participiez à l’histoire ! Pour que vous rentriez dedans, il faut que rien (ou très peu de choses) ne vous choque !

Alors, comment fait-on une atmosphère médiévale ? En choisissant des trognes semblables à celles qu’on voit dans les peintures (un peu plus tardives, à la Renaissance) de Brueghel (…). Ce sont des visages formidables !

Un jour, pour le magazine VSD, le critique me dit : « vous exagérez avec les visages [des personnages], ils sont grotesques ! », je lui dis : « écoutez Monsieur, venez près de ma maison de campagne, il y un marché à Aigreville, vous allez voir ! ».

Je n’y suis pas retourné pendant 20 ans ! [Rires]

J’aime les visages ! J’ai envie de dire quels qu’ils soient ! Parce que les visages sont porteurs d’une vie, d’une réalité !

(…)

La chose première, c’est d’avoir le comportement juste, avec les physiques justes, dans une époque où il n’y avait pas d’orthodontistes, pas de médecins, pas de crèmes pour la peau, où les gens meurent à 35 ans, en moyenne…

(…)

Pour rester dans le détail : j’ai refait tous les ciels (on ne dit pas cieux quand on parle de peinture, ou de Cinéma), je les ai refabriqués avec des machines à fumée sous des Toyota, qui me fabriquaient les nuages à la demande ! De la bonne couleur !

Parce que, vous n’y faites pas attention, mais elle participe à l’émotion.

Conséquence : beaucoup de bruit !

Donc tout le son a été refait en studio !

Les acteurs y sont d’ailleurs, meilleurs, parce qu’on a pas besoin de mettre des tapis sur le sol pour étoffer le claquement des pieds etc.

(…)

C’est une foultitude de détails, tous les objets [que vous voyez dans le film] ont été copié sur des objets que nous avons fait sortir des musées et que nous avons refait en fonderie, en poterie, en fresques, à Cinecittà.

(…)

Vous avez parlez de votre relation avec Sean Connery, comment avez-vous constituer le reste du casting (Michael Lonsdale, F. Murray Abraham…) et de l’équipe technique ?

Je savais que c’était un casting compliqué parce qu’il me fallait une jeune fille sauvageonne, un très jeune homme donc j’avais 7 ou 8 directeurs [et directrices] de casting dans le monde. Je faisais la tournée (…).

En Italie, j’avais pris la directrice de casting de Fellini.

Je trouvais que l’inventivité de Fellini était extraordinaire.

De fil en aiguille, j’ai pris aussi son chef opérateur et son chef décorateur.

Je me suis retrouvé avec Fellini sur mon plateau, très souvent, qui me disait : « Oh toi, tu as de la chance de faire des grands films comme ça, tu vois Fellini, tout le monde veut parler à Fellini mais personne veut voir ses films ! ».

Frederico Fellini

Je n’ai jamais eu peur de travailler avec des équipes étrangères (…), partout j’ai trouvé des gens d’une extrême qualité !

(…)

Avoir les meilleurs c’est une chose, mais il faut que ce soit les meilleurs, au meilleur d’eux mêmes !

Parce que les meilleurs qui viennent pour le fric, ce n’est pas la peine !

Il vaut mieux un débutant enthousiaste qui se donne du mal, qu’un emmerdeur qui viendra simplement pour toucher sa paie…

Dans l’équipe technique, nous n’étions que deux Français : moi et mon épouse (qui est ma scripte).

Le reste était une équipe mixte, italienne et allemande.

J’avais la chance d’avoir un très grand producteur allemand [Bernd Eichinger] et le producteur italien s’appelait Cristaldi, et c’était un des très grand producteur de la grande époque du Cinéma Italien.

[J’en] connaissais les [grands] acteurs mais je [voulais] des acteurs dits « de second rôle », ce qui était le cas de Michael Lonsdale (formidable acteur!) qui avait un anglais très raffiné qui correspondait au rôle de l’abbé.

Michael Lonsdale (imdb.com)

(…)

Umberto m’avait dit : « je veux que le film dans le latin contemporain, c’est à dire, l’Anglais ! ».

Je partageais son point de vue : on ne peut pas monter un film de cette taille dans d’autre langue que l’Anglais.

On le faire en chinois, en mandarin (j’ai fat un film en mandarin qui s’appelle Le Dernier Loup).

Vous me posiez une question sur F. Murray Abraham. Je crois pouvoir dire que j’ai dirigé des milliers d’acteurs… la seule personne que je n’ai pas aimé c’est F. Murray Abraham.

F. Murray Abraham en Inquisiteur (imdb.com)

Je l’ai trouvé absolument épouvantable… il venait d’avoir un Oscar [du Meilleur Acteur pour son rôle de Salieri dans Amadeus de Milos Forman en 1985, ndlr] et il pensait que Sean Connery devait l’attendre…

J’avais téléphone à Milos et je lui avais dit :

« J’aimerais bien proposé un rôle à ton personnage de Salieri…

– Pour quel rôle ?

– Celui d’un Inquisiteur…

– Ah… Est-ce qu’il est très méchant ?

– Oui, très méchant !

Alors, tu n’as même pas à le diriger ! ». [Rires]

Il avait raison ! Mais [Abraham] est [un formidable acteur] !

Je le rencontre pour la première fois à Cologne, on déjeune ensemble et il me dit :

« D’abord, vous les metteurs en scène, vous êtes tous des merdes…

– Vous savez, ça ne dérange pas du tout si vous me considérez ainsi, pourquoi pas…

– Et maintenant que j’ai l’Oscar, je n’accepterai que le premier rôle…

– Eh bien, vous pouvez finir de déjeuner tranquillement car il est déjà signé, c’est Sean Connery. On n’en démordra pas ».

Quelques minutes plus tard, il me dit :

« Je vais vous expliquer ce que c’est : j’ai un cours à New York. J’ai une grande pièce.

Un jour, je suis venu avec mon Oscar. Je l’ai posé au bout de la pièce.

J’ai fait défilé, un à un, mes élèves, à l’autre bout et je leur ai dit que ce serait la seule fois qu’ils seraient aussi proches d’un Oscar »…

Mais c’est très rare, la grande majorité des acteurs sont des gens bien !

Un grand merci à Jean-Jacques Annaud et aux équipes du Cinéma Jean Eustache de Pessac pour ce grand moment !

Achetez le coffret Blu-ray 4K du film sur les sites de la Fnac ou d’Amazon !

Digital Ciné/YouTube

Sources :

Image d’en-tête : Page Facebook du Cinéma Jean Eustache

Document sonore :

Enregistrement personnel

Fiches films :

allocine.fr, imdb.com

Laisser un commentaire