« Les Fantômes » : une traque intense et sensorielle !

Depuis quelques temps, le Cinéma Français fait preuve d’une inventivité et d’une profusion d’idées, tout à fait réjouissantes (Acide (2023) , Le Règne Animal (2023), Vermines (2023) , En attendant la nuit (2024)) et Les Fantômes (sorti début juillet), un thriller d’espionnage fascinant, en est une nouvelle illustration !

Elle nous entraîne dans une traque fiévreuse et intense, celle d’un supposé dignitaire du régime syrien, coupable de crimes de guerre… il est poursuivi jusqu’à Strasbourg, par Hamid (Adam Bassa, habité), lui-même réfugié syrien et victime de cet homme terrible, lors d’un séjour en prison…

Problème : Hamid n’a jamais vu son bourreau, il connait juste son nom…

comment être sûr, alors, que celui qu’il retrouve à l’Université est bien la bonne personne ? Très difficile…

Pourtant, il le sent, il le sait… on le ressent, à chaque instant, grâce à la réalisation magistrale de Jonathan Millet, qui nous place véritablement dans la tête de son personnage, en se concentrant sur son visage torturé, tandis que la musique tendue de l’artiste Yuksek fait vibrer sa douleur au maximum, jusqu’à ce qu’elle explose ?…

L’interprétation d’Adam Bessa dans le rôle de cet homme, à la fois, vengeur, et brisé par la mort de sa femme et de sa petite fille dans un bombardement, est bluffante de justesse !

Son visage témoigne d’un épuisement permanent, mais la colère est là, elle aussi, prête à bondir du fond de son regard, à tout instant ! Il est sur la brèche, il peut se faire du mal ou faire du mal à sa cible

Il y a de la férocité et énormément de fragilité en lui… cette fragilité nous fait même douter de la véracité de son ressenti…

Jonathan Millet le montre dans une séquence au cours de laquelle, Hamid suit un homme dans un couloir de la Fac… mais ce dernier reste une silhouette, inaccessible, floue…

Pourrait-il que tout cela soit dans sa tête ?

On doute, d’autant plus, que ses camarades de Berlin (il appartient à une cellule clandestine de traque de criminels de guerre) pense que le véritable tortionnaire est en Allemagne

Toujours est-il que le supposé bourreau est incarné par le charismatique Tawfeek Barhom qui a déjà brillé dans l’excellent La conspiration du Caire (2022) de Tafik Saleh (dont je parlerais sûrement un jour dans La Vidéothèque Idéale !).

Il joue un homme, calme, posé et doux qui contraste incroyablement avec les crimes qu’Hamid lui prête… il est beau, presque magnétique !

Le cinéaste confirme ce sentiment, chez nos amis d’Allociné :

« Quand j’ai rencontré Tawfeek, je lui ai donc demandé de se déplacer, d’aller chercher un café pour l’observer. Et c’est là que j’ai senti la fascination qu’il pouvait exercer et qui est celle du personnage. Il porte en lui un magnétisme réel ».

Qui plus est, le talentueux comédien est non-francophone et a travaillé d’arrache-pied pour assurer une scène de douze minutes dans la langue de Molière, face à son camarade de jeu, Adam Bassa ! Lui-même s’est entraîné des semaines pour parler arabe avec un véritable accent syrien !

Leur implication transparaît durant tout le film et nous implique, nous aussi, dans cet incroyable récit, basé sur des faits réels.

Jonathan Millet s’inspire d’une histoire vraie, celle de la traque, en Allemagne, d’un membre de l’État Islamique, par des réfugiés syriens, et relatée par Libération en avril 2019.

Il lui confère la puissance du Cinéma, révélant toute sa dimension humaine, son intensité émotionnelle et même sensorielle !

C’est enfin, un hommage brillant à ceux et celles qui luttent, dans l’ombre, pour la justice

Une très belle réussite, à rattraper d’urgence !

Pour aller plus loin :

Le récit de Libération est à découvrir ici !

Memento Distribution/YouTube

Sources :

Image d’en-tête : © Films Grand Huit/Kris Dewitte

Site spécialisé :

Secrets de tournage, allocine.fr (lien)

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