« Le Fil » : Daniel Auteuil très éloquent !

L’acteur se fait assez rare derrière la caméra.

C’est pourquoi, c’est toujours un petit événement lorsqu’il décide de s’asseoir dans le fauteuil de réalisateur.

Ainsi, six ans après s’être amusé à filmer une comédie romantique (Amoureux de ma femme, avec Sandrine Kiberlain), Daniel Auteuil a décidé de s’attaquer à un genre beaucoup sérieux et grave : le film de procès.

Un genre extrêmement délicat.

Il faut, en effet, trouver le ton juste (ne pas tomber dans « la facilité », en jouant uniquement sur la dimension émotionnelle que le film ne manquera pas de porter à un moment donné) et également, ne pas singer les autres grands films sur cette thématique, déjà réalisés.

Autant dire que la mission s’annonçait compliquée pour Daniel Auteuil et d’ailleurs, votre serviteur s’attendait donc à un film bien exécuté, sans être pour autant être véritablement marquant.

Et pourtant…

Dès les premiers plans, on sent qu’il va se passer quelque chose

Je pense notamment à ces deux séquences qui montrent des feuilles d’arbres ou encore, les câbles d’un pont suspendu : elles n’ont l’air de rien mais elles figurent et symbolisent la complexité de l’affaire à venir…

Maître Jean Monnier (Daniel Auteuil) voit sa vie bouleversée lorsqu’il rencontre Nicolas Milik (Grégory Gadebois) lors d’une garde à vue nocturne. L’homme semble littéralement dépassé par le drame épouvantable qui le frappe : on l’accuse du meurtre de sa femme…

Le monde de ce grand colosse s’écroule : Grégory Gadebois est bouleversant de fragilité et de sincérité, on est saisis par l’intensité de son interprétation. Nicolas Milik, son personnage, a besoin d’aide.

Maître Monnier est touché et décide de reprendre la robe pour le défendre, des années après l’avoir raccroché et fait acquitté un meurtrier récidiviste…

Il retourne sur les lieux du drame lors d’une séquence muette très forte ou cours de laquelle on ressent pleinement toute l’intensité de ses réflexions… alors qu’il aurait été tellement plus facile (pour ne pas dire fainéant…) d’ajouter une voix-off pour détailler ses pensées mais cela n’aurait fait que les « surligner », au lieu de nous les faire pleinement ressentir et, en conséquence, de nous impliquer pleinement auprès de l’avocat et de son combat.

C’est au travers de ces petites touches (cordages du pont, longue séquence muette…) que Daniel Auteuil parvient à donner une dimension cinématographique à ce terrible fait divers, et évite l’écueil d’une mise en scène et d’une réalisation « purement illustratives ».

Autre atout : la caméra s’attarde sur les visages pour déceler la moindre réaction, le moindre frémissement, la moindre émotion ressentie.

On vit un procès dans toute dimension humaine et dans toute sa complexité.

Le temps s’écoule et on prend conscience presque à chaque minute de toute la difficulté à établir la vérité.

L’intensité globale du film est renforcée par les personnages secondaires, je pense en particulier aux « confidents » des deux protagonistes principaux : la compagne de Jean Monnier (elle aussi avocate) et le barman (Gaëtan Roussel), meilleur ami de l’accusé.

La première est impeccablement incarnée par la fabuleuse actrice danoise Sidse Babett Knudsen qui étoffe encore sa filmographie française et fait preuve d’une grande justesse dans la langue de Molière, on en regrette presque de ne pas la voir davantage à l’écran !

Le chanteur Gaëtan Roussel (connu pour sa participation au groupe Louise Attaque) surprend et prouve qu’il est aussi à l’aise sur scène que sur un plateau de tournage, une vraie « Gueule de Cinéma » !

N’oublions pas enfin de mettre en lumière l’excellente Alice Belaïdi (photo), particulièrement marquante en avocate générale tenace qui ne lâche rien ! Cette année, elle a prouvé son talent tant dans le registre comique (Un p’tit truc en plus) que dramatique avec Le Fil.

Daniel Auteuil transpose avec beaucoup d’intensité et de pertinence une petite partie de l’œuvre (livre et blog) de l’avocat JeanYves Moyart (avec l’aide de Steven Mitz, à l’écriture du scénario).

L’acteurréalisateur se révèle être aussi éloquent devant, que derrière la caméra !

Ne ratez pas cette expérience dans les prétoires qui vous marquera longtemps

En salles depuis le 11 septembre 2024

Sources :

Image d’en-tête : © Zinc

Site spécialisé :

Secrets de tournage, allocine.fr (lien)

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