Il y a quelques jours en me baladant sur Instagram, je suis tombé sur un article du magazine Première en date du 09 janvier, posté par le collectif Touche pas à ma VF qui défend courageusement les comédiens et comédiennes de doublage face à l’avancée de l’IA…
L’article en question (qui m’a inspiré ce billet d’humeur) nous apprend que l’actrice américaine Kat Dennings (photo) (connue pour son rôle dans la série 2 Broke Girls (2011 – 2017) diffusée chez nous originellement sur l’ancienne chaîne OCS) a été scanné par les studios Marvel…
Elle est présente dans l’univers super-héroïque dans le rôle du docteur Darcy Lewis depuis le premier Thor (2011) réalisé par Kenneth Branagh.

Cependant, elle précise qu’elle ne sera pas dans le prochain film Avengers : Doomsday (attendu pour le 16 décembre en salles), tout en restant assez vague, une posture devenue habituelle chez les interprètes embauchés par Marvel :
« Je te le dis clairement, je ne suis pas dans le film. Si j’y étais — ce qui n’est pas le cas — je ne pourrais pas le dire, mais là, littéralement, je n’y suis pas.
Je suis sûre qu’ils ont déjà tourné. Moi, j’étais ici, sur le plateau de ma nouvelle série, donc je ne suis pas dedans. »
Elle n’y sera pas physiquement mais peut-être virtuellement… Car, ainsi que l’actrice le dit elle-même, désormais : « Ils peuvent me mettre dans tout ce qu’ils veulent maintenant. »
Un constat aussi évident que glaçant pour l’avenir du métier…
D’autant plus, qu’en dépit de fortes oppositions dans l’industrie (on pense à la grève des acteurs et actrices, sans oublier les scénaristes en 2023) l’IA ne cesse de gagner du terrain…
Elle a notamment été utilisé dans le film The Brutalist (2025) pour améliorer le dialecte hongrois parlé par les acteurs principaux Adrien Brody et Felicity Jones.

Pourtant, le réalisateur Brady Corbet assure que « les performances d’Adrien et de Felicity sont tout à fait personnelles.
Ils ont travaillé pendant des mois avec Tanera Marshall, professeur de dialecte, pour perfectionner leurs accents.
La technologie innovante Respeecher a été utilisée uniquement pour le montage des dialogues en hongrois, afin d’affiner certaines voyelles et lettres pour plus de précision.
Il s’agissait d’un processus manuel, réalisé par notre équipe son et Respeecher en post-production.
L’objectif était de préserver l’authenticité des interprétations d’Adrien et de Felicity dans une autre langue, et non de les remplacer ou de les modifier, et ce dans le plus grand respect de l’art », simplement pour perfectionner le travail des acteurs et « de manière que même les gens du pays ne remarquent aucune différence ».
Cette technologie a été également utilisé pour améliorer les séquences chantées d’Emilia Pérez (2024) de Jacques Audiard.
Ce soin, ce désir de précision pour plus de réalisme peut se comprendre quand il s’agit d’améliorer des décors.
Cela a d’ailleurs été le cas sur The Brutalist ainsi que le détaille Dávid Jancsó, le monteur du film qui précise que l’IA a servi à générer une « série de dessins architecturaux et de bâtiments finis » dans la scène finale du film.
« Il n’y a rien dans le film qui utilise l’IA qui n’ait été fait auparavant. Elle ne fait qu’accélérer le processus. Nous utilisons l’IA pour créer ces tout petits détails que nous n’avions ni l’argent ni le temps de filmer. »
D’accord.
Après tout, le Cinéma c’est l’art du mensonge pour susciter de vrais émotions chez les spectateurs et spectatrices.
Cependant, lorsque cela modifie, même à la marge, le jeu des acteurs, ne perdons nous pas en authenticité et surtout en humanité ?
Une question d’autant plus prégnante que ça y est, la première actrice virtuelle a été présenté en octobre dernier.
Elle s’appelle Tilly Norwood et a été crée par la société de production londonienne Particle6.
Sa dirigeante, Eline Van der Velden, la présente comme la « prochaine Scarlett Johansson ou Natalie Portman »…
Plusieurs agences hollywoodiennes seraient intéressées pour représenter la fausse comédienne…
La SAG-AFTRA, le syndicat américain des acteurs est monté au créneau dans un communiqué :
« “Tilly Norwood” n’est pas une actrice, mais un personnage généré par un programme informatique entraîné grâce au travail d’innombrables acteurs professionnels – sans autorisation ni rémunération.
Ce personnage ne puise dans aucune expérience personnelle, aucune émotion et, d’après ce que nous avons pu constater, le public ne s’intéresse pas aux contenus générés par informatique, détachés de l’expérience humaine. »
Eline Van der Velden n’est pas pas persuadée de la véracité de ce dernier point :
« Le public ? Il s’intéresse à l’histoire, pas au fait de savoir si la vedette est vivante. Tilly suscite déjà l’intérêt des agences artistiques et des fans. L’ère des acteurs synthétiques n’est pas “en train d’arriver”, elle est déjà là. » a-t-elle écrit sur son compte LinkedIn.
Difficile de lui donner tort, malheureusement…
Les contenus générés par IA pullulent déjà sur les différents réseaux sociaux et cumulent des millions du vues sans aucun problème…
Qui plus est, plus de 95 000 personnes suivent déjà « Tilly Norwood » rien que sur Instagram…
Les gens s’habituent doucement à l’intelligence artificielle et il est à craindre qu’elle se généralise dans le Cinéma, sans que la majorité silencieuse (bercée depuis longtemps par les algorithmes) ne s’en offusque plus que cela…
Il est plus que temps que les gouvernements et les passionnés se mobilisent pour mettre en place des garde-fous législatifs, avant que l’humain dans les films ne soit plus qu’une fiction…
Sources :
Images d’en-tête : Marvel
Articles de presse :
Charles Martin, Kat Dennings a été scannée par Marvel : « Ils peuvent me mettre dans tout ce qu’ils veulent maintenant », premiere.fr 09/01/2026 (lien)
Marc Cassivi, Une Scarlett Johansson à bas prix, lapresse.ca 03/10/2025 (lien)
Flavio Sillitti, The Brutalist et Emilia Pérez usent de l’IA pour améliorer le jeu des acteurs, c’est vraiment grave ?, Konbini.com 21/01/2025 (lien)
Réseau social :
Profil Instagram de Tilly Nordwood (lien)




