Alors que les 43èmes Rencontres du Cinéma Latino-Américain (organisées par l’association France Amérique Latine 33) s’achève aujourd’hui au Cinéma Jean Eustache à Pessac.
Avant de connaître les lauréat(e)s, petit retour sur le film d’ouverture Hijo de Tigre y Mula d’Annie Canavaggio.
Le « Fils du Tigre et de la Mule » était le surnom que Gabriel García Márquez (grand écrivain colombien et prix Nobel de Littérature en 1982) donnait au général et dictateur panaméen Omar Torrijos, en le définissant ainsi :
« Si l’on devait comparer le général Torrijos aux prototypes du règne animal, il faut dire qu’il est un mélange de tigre et de mulet.
[Du premier], il possède l’instinct surnaturel et la ruse précise. De la mule, il a une infinie obstination. Ce sont ses plus grandes vertus et je crois que les deux pourraient lui servir autant pour le bien que pour le mal. »
Ce militaire de carrière prend le pouvoir à la suite des soubresauts du coup d’Etat de 1968 qui renverse le président élu Arnulfo Arias Madrid et finit par mener Torrijos à la tête du pays, à partir de mars 1969, jusqu’à sa mort, fin juillet 1981.
Il fut l’un des grands artisans du Traité pour le Panama (signé entre son pays et les Etats-Unis en 1977) qui prévoyait de faire passer le fameux canal sous contrôle panaméen, à compter du 31 décembre 1999.
Omar Torrijos fut bien aidé, en cela, par la présidence démocrate de Jimmy Carter, côté états-unien, qui fit preuve de grandeur en privilégiant une politique juste sur le sujet, quitte à sacrifier un possible second mandat.

La cinéaste Annie Canavaggio nous fait suivre, presqu’en tant réel, ces négociations très longues et difficiles, au travers d’images d’archives magnifiquement restaurées, nullement parasitées par un commentaire en voix-off, souvent un peu trop omniprésent dans les documentaires télévisuels plus traditionnels…
En revanche, les images d’archives sont accompagnées par les ressentis des protagonistes encore vivants qui ont participé à ces négociations historiques, on a la sensation de voir l’Histoire se dérouler sous nos yeux, c’est juste passionnant !
Cerise sur le gâteau, la réalisatrice Anna Canavaggio ne se contente pas d’évoquer la politique étrangère de Torrijos.
Ainsi, on apprend que le Général a mené, en parallèle, une politique intérieure forte pour moderniser son pays en lançant des grands travaux pour construire des écoles.
Ce choix boosta les créations d’emplois.
Il redistribua également les terres agricoles en faveur des paysans (sa décision la plus populaire !) et enfin, opta pour une fiscalité avantageuse pour attirer les capitaux étrangers.
Malheureusement, en dépit de ces qualités indéniables, on ne peut pas être totalement emballés par ce film parce qu’on a le sentiment désagréable qu’il se livre un peu à une apologie de ce régime dictatorial en évoquant à peine, par exemple, la dissolution des partis politiques et en passant sous silence la répression des opposants, et n’hésitant même pas à reprendre l’expression de « dictature douce » que Torrejos utilisait lui-même pour définir sa politique…
C’est oublier, un peu vite, la maxime de García Márquez qui parle de bien certes, mais aussi de mal…
Ce documentaire reste, cependant, un bon canal d’entrée pour en savoir davantage sur l’Histoire du Panama.
Sources :
Image d’en-tête : Festival Biarritz Amérique Latine
Article de presse :
Marcos Castillo Pérez, Hijo de Tigre y Mula: la historia de los tratados del canal de Panamá [traduction automatique],eldigitalpanama.com 11/02/2025 (lien)
Articles encyclopédiques :
Omar Torrijos, fr-academic.com (lien)
Gabriel García Márquez, fr-wikipedia.org (lien)


