« Bigger Than Us » avec Flore Vasseur et Marion Cotillard.

Aujourd’hui, le documentaire Bigger than Us sort sur nos écrans. Le film suit en fil rouge, la jeune Melati, 18 ans, qui se bat contre la pollution plastique qui détruit son île en Indonésie…

Bientôt, elle part à la rencontre d’autres jeunes qui se battent comme elle pour préserver la planète, partout dans le monde…

On a eu la chance de rencontrer à Bordeaux, la réalisatrice du film Flore Vasseur, accompagnée de sa productrice Marion Cotillard, pour échanger autour de ce projet. C’était passionnant !

Morceaux choisis.

Comment vous vous êtes rencontrées ? Comment le projet s’est noué entre vous deux ?

Marion Cotillard – On s’est rencontrées autour d’un homme qui s’appelle Satish Kumar, un humaniste qui a crée une école en Angleterre, le Shumacher College.

C’est quelqu’un qui prône l’écologie spirituelle. C’est assez réducteur de parler de cela (…), mais en tout cas, on s’est rencontrées autour de cet homme.

On s’est trouvées (…). Assez vite, Flore m’a parlé de son projet que j’ai trouvé profond (…), vibrant et surtout, j’ai senti que c’était quelque chose du domaine du vital, pour elle, de raconter cette histoire, ces histoires. C’était début 2018, il me semble.

Du coup, naturellement, en parlant de ce projet, j’ai pris une place de productrice.

À quelle étape du projet étiez-vous au moment où vous en avez parlé ?

Flore Vasseur – J’avais un deux pages [rires] !

Mais c’était assez solide parce qu’en fait, j’avais déjà repéré Melati, j’avais déjà travaillé avec elle, j’avais une relation de grande confiance avec elle et j’avais une idée de la façon dont on pouvait dérouler quelque chose (…).

Melati Wijsen (biggerthanus.film)

On était en écriture, Marion m’a rencontrée au tout début de l’écriture.

Très honnêtement, je cherchais désespérément une équipe pour m’accompagner, qui respecterait (…) ce dont Marion parlait avant, cet « ordre du vital » en fait (…).

Je rencontrais des producteurs et j’avoue que je ressortais, chaque fois, amoindrie en fait, par la discussion qu’on avait, et pas parce qu’ils n’étaient pas intéressés (pas mal de gens sentaient qu’il y avait quelque chose qui montait (…)), mais je n’arrivais pas à trouver les vrais alliés pour m’accompagner.

C’est vrai que les circonstances dans lesquelles on s’est rencontrés avec Marion m’ont vraiment fait penser que là c’était elle, l’appât (sic), la personne qui comprendrait vraiment, la façon dont [le projet] résonnait chez moi et qui le protégerait. C’est ce qu’elle a… plus que fait.

Comment s’est passé la sélection des « profils » ?

Flore Vasseur – Je viens un peu de journalisme donc je suis souvent plutôt dans votre position à vous.

Il y avait ce fil directeur avec Melati c’était évident, quand j’avais travaillé le premier sujet pour elle [en 2016], j’avais compris qu’elle était pas toute seule (…), j’avais toute de suite essayé de comprendre si elle était un épiphénomène ou (…) un signal faible… et en fait, c’était un signal faible !

J’avais déjà repéré Xiuhtezcatl, j’avais déjà repéré Memory, j’avais déjà repéré même je crois Mohamad (…).

Xiuhtezcatl Martinez (biggerthanus.film)

Après, on s’est dit Marion et moi, [ainsi] que Denis Carot (qui est notre troisième producteur), que l’on voulait absolument un film représentatif de la jeunesse mondiale (…).

Memory Banda (biggerthanus.film)

80 % de la jeunesse mondiale habite en dehors de l’Occident, donc clairement, si on est sérieux, on tourne à 80 % en dehors de l’Occident. C’était le plus dur à défendre auprès des partenaires parce que, souvent, on veut un personnage Français.

Mohamad Al Jounde (biggerthanus.film)

On a pris les objectifs du développement durable (…) : quels sont ceux qui engagent la vie/la mort ? On était contaminées par cette urgence. On a réduit la liste, on a écarté certains sujets (…).

On était très attentives à avoir une représentation hommes/femmes. Vous l’avez vu, les femmes sont surreprésentées, même dans la réalité je pense, encore plus.

Surtout, on s’était dit qu’on allait traiter chacune de ces causes, l’écologie comme l’environnement, comme des symptômes d’un problème plus grand [d’où le titre du film Bigger Than Us, ndlr].

C’est ce problème plus grand qui nous intéressait.

Aujourd’hui comment vous définiriez ce problème plus grand ?

Flore Vasseur – Je pense qu’on appartient tous à un système pour lequel on est programmé, éduqué, dont on n’a même pas nécessairement conscience, qui fait qu’on appartient tous à ce train qui nous mène à quelque chose de très compliqué…

Aujourd’hui, sans remise en cause profonde des valeurs qui font ce système, on [traitera] ces choses avec des bouts de sparadraps sur une plaie béante en fait…

La question aujourd’hui, c’est d’avoir une discussion sur ce système qui ne soit pas quelque chose de polarisant, de culpabilisant (on est tous nés quelque part avec une culture etc.).

Cela me vient plus de mon travail avec Snowden précédemment : j’avais eu la chance de le rencontrer et [il] m’avait alerté là dessus. Lui aussi traitait la surveillance de masse comme un symptôme d’un problème plus large qui était, encore une fois, ce système de valeurs.

Edward Snowden (fr.wikipedia.org)

Malgré les difficultés, il y a un optimisme qui se dégage du film et de la part des activistes…

Marion Cotillard – C’est pour cela qu’ils sont là aussi, s’ils n’ont pas d’optimisme, ils ne se battent pas.

Le tournage s’est déroulé sur combien de temps ? Sur plusieurs années ?

Flore Vasseur – Non, non, on a tourné très très vite parce que, je ne sais pas pourquoi, on s’était dit qu’il fallait qu’on aille vite, on était obsédées par cette histoire de vitesse, on a tourné en 7 mois, on a dû faire dix tournages.

Marion Cotillard – C’est-à-dire qu’on est mamans [rires] ! Et surtout, il y avait la matière ! Pendant le casting, on a rencontré des profils qui étaient absolument actifs, travailler avec des jeunes qui n’attendent personne et qui font, eh bien… il y a des choses à filmer tout le temps !

Alors bien sûr, on a eu aussi des embûches, avec un personnage qu’on adorait et qui, au moment de tourner, avait vu son action brisée par les autorités.

À ce moment-là, il n’y avait pas assez de matière mais c’est aussi cela faire un film (…).

Comment avez-vous accompagné le film ? L’avez-vous montré à des scolaires ? Avez-vous fait du lobbying pour que des députés le voient ?

Flore Vasseur – Non [rires] ! Enfin on n’a pas prévu cela pour l’instant ! Pas les députés.

Par contre on est très sérieux sur la campagne d’impact. Le film pour nous est un point de départ. C’est très bien mais on veut qu’un maximum de jeunes le voit. On a trouvé un partenaire pour distribuer 100 000 places à 100 000 jeunes partout en France |du 15 au 21 septembre].

300 salles de cinéma sont partenaires, 400 séances programmées, énormément de scolaires sont embarqués. Tout cela, c’est un travail de force du distributeur qui, tout l’été, a appelé tout ce qu’il pouvait etc… (sic). Cela, c’est la première chose.

La deuxième chose, c’est qu’on lance un site biggerthanus.film (…) en licence libre, tout le monde peut l’utiliser, tout est gratuit, il n’y a pas de pub, on ne fait pas de tracking, on n’est pas là pour que vous restiez.

C’est un site maison, pensé comme une maison.

Page d’accueil du site

Il y a d’abord tout un volet pour découvrir, c’est plutôt attendu pour un site de film, sauf qu’on a poussé le curseur très loin : vous allez trouver toute ma recherche sur les chiffres, des kits pédagogiques pour les enfants de la 5e jusqu’en terminale (…), beaucoup d’infographies qu’on a travaillées, beaucoup de verbatims de chacun des personnages, des éclairages sur chacun des combats qui sont aussi nourris par des associations partenaires, par exemple Amnesty est un gros partenaire du film (…).

On essaie de créer une dynamique pour lancer la conversation autour du film, pas le film en tant que tel mais les sujets portés.

Pour cela, on travaille avec une association (…) qui s’appelle Make Sense et qui [a formé] 126 personnes qui se sont manifestées de nulle part pour être des facilitateurs de débats en salles, à la suite des projections (…).

Ce sont des ateliers de discussions qui ne sont pas là pour défendre les thématiques du film mais pour accompagner l’émotion et repartir dans la vraie vie.

L’ambition est vraiment d’être utile à ceux qui on besoin de ce film et après, on ira voir les députés, les ministres etc.

Un grand merci à Flore Vasseur et Marion Cotillard pour leur disponibilité.

Pour aller plus loin :

Site web du film

Site web de l’association Make Sense

Image d’en-tête : Flore Vasseur et Marion Cotillard à l’institut Lumière pour la présentation du film Bigger than us. Photo : Progrès /Stéphane GUIOCHON.

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