Il y a tout juste 80 ans, la plus grande opération militaire de l’Histoire était lancée… les troupes alliées partaient à l’assaut des plages normandes !
Il est bien évident que le Cinéma se devait, tôt ou tard, de s’emparer d’un événement aussi déterminant et important de l’Histoire contemporaine.
C’est chose faite, 18 ans à peine, après le déroulement du Débarquement, sous la férule du célèbre, et un tantinet mégalomane, producteur Darryl F. Zanuck.
À noter qu’avant lui, Raoul Levy, un producteur français, voulait adapter au cinéma le livre éponyme de Cornelius Ryan, un journaliste irlando-américain, dont il possédait les droits.
En vain… il les revendit alors à Zanuck.
Le film est une véritable super production dont le budget estimé oscille entre 8 et 10 millions de dollars, une somme considérable pour l’époque !
Il est chapeauté par Darryl F. Zanuck bien sûr, assisté par quatre réalisateurs : Andrew Marton pour les séquences américaines, Ken Annakin pour les scènes britanniques, le suisse Bernhard Wicki pour les parties allemandes, et Gerd Ward pour les scènes extérieures en français, comme l’assaut des parachutistes sur Sainte-Mère-L’Eglise. Il n’est cependant pas crédité au générique.
Le grand Romain Gary contribua également à l’écriture de quelques scènes !
Le tournage s’étala sur 10 mois, dans 31 lieux différents et nécessita même la participation de, pas moins, de 23 000 soldats français et américains !
L’attaque de la Pointe du Hoc fut d’ailleurs tournée sur les lieux même de l’événement et engendra d’ailleurs la découverte d’un char, ensablé depuis 1944 !
Il fut réparé et réutilisé par l’équipe du film en tant que char britannique !
Côté distribution, le film rassemble bien sûr les grandes vedettes de l’époque (John Wayne, Robert Mitchum, Henry Fonda, Bourvil…), jouant chacune dans leur langue, pour plus de réalisme. Elles acceptèrent des petits rôles et des salaires minimums, à l’exception de John Wayne qui parvint à négocier un cachet plus élevé…
Pour l’anecdote, signalons la présence à l’écran de deux futurs méchants de James Bond (Gert Fröbe dans Goldfinger (1964) et Curd Jürgens dans L’Espion qui m’aimait (1977)) !
Le réalisme passe aussi par une volonté de se rapprocher au plus près de la réalité historique, grâce au concours de conseillers historiques comme Philippe Kieffer, chef du commando français qui porte son nom.
La France est d’ailleurs grandement mise à l’honneur dans le film : nous sommes au début des années 60, au tout début de la Cinquième République, il faut clairement ménager les susceptibilités, en particulier celles du Grand Charles…
C’est ainsi que la résistance française est montrée dès les premières minutes du film, au travers de la jeune Jeanne Boitard (premier rôle au Cinéma d’Irina Dermick), qui a réellement existé.
Les tambours lancinants que l’on entend dans les premières séquences, traduisent magnifiquement la tension ressentie par les Allemands qui savent bien que quelque chose de très important se prépare du côté des Alliés…
La multitude de protagonistes, les « 43 rôles principaux » comme les appellent Zanuck, ne nuisent pas à la fluidité du récit, au contraire ! On a l’impression d’assister « minute par minute » à ce moment d’Histoire incroyable !
Les scènes de batailles dégagent encore énormément de souffle, même si leur « réalisme » a été depuis surpassé par le Grand Steven Spielberg, dans les 20 premières minutes inoubliables d’Il faut sauver le soldat Ryan…
L’exactitude historique n’est pas, non plus, totalement au rendez-vous, en dépit de l’implication de très nombreux conseillers, ayant participé au véritable Débarquement !
Marc Laurenceau, historien militaire, pointe les erreurs présentes dans le film, sur son site internet dédié à ces événements majeurs (lien en fin d’article).
Il révèle par exemple que Maurice Chauvet (ancien membre du Commando Kieffer) a fini par renoncer à son rôle de conseiller sur le film, estimant que ce dernier prenait trop de libertés avec la réalité historique…
Il est vrai que Le Jour le plus long présente une vision un peu trop « héroïque » et « romantique » du Débarquement mais il faut bien garder à l’esprit qu’il s’agit d’une œuvre de Cinéma avant tout, dont la dimension épique et immersive à marqué son temps.
Il faut aussi le recevoir comme le témoignage du regard d’une époque (les années 60) sur une autre (la Seconde Guerre Mondiale) qui nous permet, en plus, d’admirer pour l’éternité de grandes stars, aujourd’hui disparues…
Pour aller plus loin :
L’article de l’historien militaire Marc Laurenceau sur le film
Reportage sur le tournage avec des interviews de Darryl F. Zanuck, de Philippe Kieffer et de quelques acteurs du film, tirées de l’émission canadienne Les Echos du Cinéma, réalisée par Jean Guillon.
Vidéo de l’ECPAD (Établissement de Communication et de Production Audiovisuelle de la Défense) qui présente le film.
Sources :
Image d’en-tête : imdb.com
Fiches film :
imdb.com, allocine.fr
Emission de télévision :
Les Echos du Cinéma, réalisée par Jean Guillon
