« En nous » : la danse dense de Juliette Binoche [au cinéma Jean Eustache] !

Depuis mercredi dernier, la grande Juliette Binoche inaugure une grande première dans sa carrière : son premier film en tant que réalisatrice est dans les salles !

En 2009, elle se lance dans la création d’un spectacle de danse avec le chorégraphe britannique, Akram Khan.

Juliette Binoche en discussion avec Akram Khan (© Miao Productions)

19 ans plus tard, elle était présente au Cinéma Jean Eustache à Pessac, ce jeudi 04 juin pour nous en parler, à l’issue de la projection, à l’occasion d’une soirée événement !

Le film commence sur les premiers jours de répétition difficiles à plus d’un titre : les deux artistes découvrent le métier de l’autre : Juliette Binoche doit devenir danseuse et Akram Khan, comédien, ce qui est déjà une gageure mais ce n’est fini !

Ils doivent assurer plusieurs corps à corps sur scène, ce qui nécessite une confiance mutuelle totale, problème : les deux concernés se connaissent à peine !

Comment on acquiert cette confiance ?

« À vrai dire, je n’y ai pas pensé, a confié Juliette Binoche à François Aymé, directeur du Cinéma Jean Eustache.

Il s’agissait de se mettre au boulot, on doit traverser les brouillards. On doit surtout avoir la certitude d’y arriver, parce qu’on était dans un déséquilibre tel (lui danseur professionnel, moi totalement néophyte), qu’il a fallu que je suis hyper patiente et attendre que mon corps veuille bien se transformer pour que je puisse l’utiliser !

La chorégraphe Susanne Batson m’a dit que c’est l’actrice en moi qui allait m’aider. En effet, c’est mon désir d’aller vers Akram Khan et l’entraînement qui m’ont fait passer les caps difficiles de la « non danseuse » vers des mouvements qui doivent se suivre en gardant le bon rythme. 

J’ai pris conscience que nous sommes des êtres de transformation : on peut réussir à faire des choses nouvelles, il faut juste un peu de patience, de la constance et par mal de foi, sans avoir peur des moments ridicules, des doutes. Cela fait vraiment partie du chemin de la transformation, c’est inhérent à la nouveauté. »

Susan Batson

Avec tout cela à gérer, il n’est pas aisé de jouer et de danser l’intimité d’un couple devant un public.

Nous ressentons tout cela dès les premières secondes du film. C’est d’autant plus impressionnant que Susanne Batson les pousse vers plus de proximité physique, dès le début des répétitions !

Le dispositif minimaliste (une caméra et un trépied) de Marion Stalens (sœur de Juliette Binoche), directrice de la photographie sur le film, lui permet de se faire oublier par les deux danseurs.

Marion Stalens (photo : Zoé Labasse © LE ROY Murielle)

L’utilisation de mouvements d’appareil simples, en l’occurrence des panoramiques et des zooms donne l’impression au spectateur d’être un privilégié qui a la chance d’assister à la naissance d’un spectacle, quasiment au jour le jour.

C’est véritablement ce que Juliette Binoche a voulu installer comme sensation dans le public, le transformer « en petite souris » pour être « au plus près de la création » et le film « devient autre chose, c’est passionnant. » 

En effet, on découvre ce que Juliette Binoche fort justement « le processus de travail », la dimension humaine des artistes qui travaillent, portés par un « désir fou qui [les] dépasse et [les] emmène. »

Ce choix de réalisation, fort, décontenance quand même, au début,  pour peu, qu’à l’instar de votre serviteur cinéphile, vous soyez totalement novice en matière de danse, et que surtout, en tant que téléspectateurs vous ayez l’habitude de suivre des documentaires dans lesquels, le narrateur (ou la narratrice) vous prend par la main.

Heureusement, cette sensation étrange disparaît bien vite, au fur et à mesure que la complicité grandit entre Akram Khan et Juliette Binoche.

On compatit pour les corps marqués par l’effort et on admire leur ténacité et leur rigueur au travail.

Progressivement, Akram et Juliette se complètent : ainsi que l’a joliment exprimé, en substance, une spectatrice dans l’assistance jeudi dernier : « [Juliette Binoche] apprend l’émotion à Akram Khan, tandis que lui, lui donne la motion ! »

Cerise sur le gâteau, les différents mouvements travaillés durant les répétitions paraissaient quelques obscures tout le long du métrage mais, une fois la représentation commencée, tout prend sens !

C’est extrêmement satisfaisant parce qu’on le sentiment d’avoir dépassé les efforts et la douleur, tout en ayant atteint une forme d’accomplissement avec eux, par procuration, du moins.

Mieux, avec ce film, Juliette Binoche nous fait le cadeau de nous dévoiler toute la difficulté qu’exige une création artistique de haut niveau.

Juste avant le tomber de rideau, grâce à un effet spécial génial, la caméra s’éloigne très rapidement des deux danseurs, jusqu’à ce qu’ils se confondent et ne deviennent qu’un tout petit point, façon conte de fée.

Au final, cette aventure hors du comment a-t-elle permise à Julitte Binoche d’appréhender différemment son métier d’actrice ?

« J’avais tellement peur avant chaque représentation ! Mais une fois sur scène, on est complètement dans le présent, on oublie la difficulté, on est dans une intention, une connexion, qui nous pousse à nous dépasser.

 Ce qui fait que, quand je suis retournée sur les plateaux de Cinéma, j’avais apprivoisé la peur. En tout cas, je ’n’avais plus peur de la même façon. »

Vous aussi, apprenez à vous dépasser, en vivant cette expérience incroyable, aux côtés de deux grands artistes !

Merci à Juliette Binoche pour ces merveilleux échanges et sa disponibilité !

Sources :

Image d’en-tête : © Miao Productions

Fichier audio :

Enregistrement personnel

Document officiel :

Dossier de presse du film, Ad Vitam (lien)

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