En 2019, je découvrais un néo-réalisateur, Antonin Baudry, avec son premier film (Le Chant du Loup), diablement immersif, ce qui tombait à point pour une histoire de sous-marin !
L’immersion passait par un travail d’orfèvre sur le son : on suivait un jeune marin (François Civil) chargé de détecter les potentiels bâtiments hostiles autour du submersible grâce à… son oreille ! C’était l’oreille d’or du navire.
Cette dramatisation du son a été accompagnée par les équipes américaines de Skywalker Sound (division sonore d’Industrial Light & Magic, la société d’effets spéciaux que l’on ne présente plus, créée par George Lucas pour l’aider à donner vie au monde de Star Wars sur grand écran !
Le choix d’Antonin Baudry de faire appel à ces professionnels mondialement reconnus témoigne de son envie de donner beaucoup de force à sa mise en scène.
Son ambition a été récompensée par les spectateurs et les spectatrices, avec plus d’un million et demi d’entrées cumulées durant l’exploitation du Chant du Loup en salles ! Un joli succès, surtout pour un premier film !
Fort de ce très beau score au box-office, l’ancien diplomate (il a travaillé aux côtés de Dominique de Villepin, au ministère des Affaires étrangères) et scénariste du film Quai d’Orsay (2013) de Bertrand Tavernier a encore plus d’ambition pour son prochain projet : filmer les années de guerre du Général de Gaulle, non pas en un seul, mais en deux longs-métrages !
Son récit se base sur l’ouvrage De Gaulle, une certaine idée de la France de Julian Jackson, historien britannique spécialiste de l’Occupation et de l’histoire politique française.
Antonin Baudry et la scénariste Bérénice Vila en font un diptyque au souffle épique saisissant et (trop) rare dans notre Cinéma !
Quel plaisir de voir ces hommes et ces femmes qui ont refusé la fatalité de la défaite continuer à se battre ! Leur action (même minime) a permis que les mots « honneur » et « liberté » aient encore un sens en français aujourd’hui !
Ils et elles sont incarnés par de jeunes comédiens et comédiennes qui contribuent, par leur talent et leur fougue, au souffle du film. Leur figure, leur guide, celui qui a rallumé la flamme dans l’obscurité de la défaite, est interprété par l’excellent Simon Abkarian, qui offre toute sa finesse et son élégance au personnage du Général de Gaulle.
Il traduit à merveille la force de conviction incroyable de ce grand militaire, prêt à tout pour sauver et préserver les intérêts de la France, quitte à exaspérer le grand Churchill et le président Roosevelt, qui se méfie terriblement de lui, jusqu’à promouvoir le général Giraud (Thierry Lhermitte, parfait) face à lui.
Pire, grâce au film, on découvre le projet AMGOT (« Allied Military Government of Occupied Territories »), à savoir la volonté des Alliés de mettre en place des gouvernements militaires anglo-américains dans les territoires libérés !…
Heureusement, le Général s’y oppose farouchement !
Simon Abkarian ne cherche pas à singer le personnage dans sa façon d’être ou son phrasé, s’inscrivant davantage (et avec justesse) dans les pas de Bernard Farcy (Le Grand Charles (2006), téléfilm de Bernard Stora) que dans ceux de Lambert Wilson, terriblement fade, dans le film à la mise en scène étriquée de Gabriel Le Bomin, sorti en 2020…
Simon Abkarian, lui, est tout sauf fade dans le rôle, à la fois charismatique et sobre. Un seul plan lui suffit pour nous faire ressentir tout l’amour que le grand Charles éprouve pour les siens.
L’autre point fort du film (outre la découverte de l’hallucinant projet AMGOT, curieusement non enseigné à l’école…) est de montrer que le Général, bien qu’isolé, n’est pas seul dans « sa bataille » !
Côté militaire, les effectifs sont limités, bien évidemment, mais menés avec courage par l’officier Pierre Koenig en Libye (Benoît Magimel, très bon) et, bien sûr, Philippe Leclerc de Hauteclocque, que tout le monde connaît sous le nom de Général Leclerc !
C’est Niels Schneider qui l’incarne, et il est juste… incroyable ! Il crève véritablement l’écran dans la seconde partie et transcende le personnage par sa justesse de jeu et sa rage de victoires, qui nous transportent vraiment !
Les combattants et combattantes ayant choisi de rejoindre la cause de Charles de Gaulle ne sont pas seulement des militaires, mais aussi des civils qui composent bien sûr la Résistance, que l’on a désignée plus tard sous le terme d’« Armée des Ombres », grâce à Joseph Kessel.
En son sein, il y a le jeune Fernand… Brillamment incarné par Florian Lesieur, sa prestation intense est la pierre angulaire du premier film ! Peut-être un peu trop, d’ailleurs…
En effet, si l’on ne connaît pas bien l’Histoire de la France occupée, on ne comprend pas pourquoi le récit s’attarde sur lui et le met autant en avant… ce qui crée inévitablement quelques longueurs… même si tout s’explique à la fin du film.
Parmi les résistants, il y a la jeune Livia, qui fait le maximum pour protéger son réseau et transmettre les messages à Londres. Avec elle, on réalise que le danger est présent à chaque coin de rue… C’est la jeune comédienne Anamaria Vartolomei (qu’on avait découverte dans Le Comte de Monte-Cristo, aux côtés de Pierre Niney) qui lui prête ses traits et assure particulièrement bien dans les scènes d’action.
Les films historiques (ou en costumes, du moins) lui réussissent vraiment bien ! On en oublie le fait que son personnage n’a pas réellement existé, mais s’inspire de plusieurs figures de la Résistance.
Les batailles sont impressionnantes et prennent aux tripes ! Pourtant, 80 % de ce que l’on voit à l’écran est virtuel !
L’astuce consiste à mêler habilement de vrais véhicules (trois chars sont utilisés) avec des effets pratiques (explosions) et des effets numériques :
« [Ces derniers] ne marchent que s’ils s’appuient sur du réel.
Par exemple, on filme une explosion, puis on filme le tank qui est censé exploser ; ensuite, il faut bien coordonner ces deux plans pour qu’on ait l’illusion que le tank explose » confie Antonin Baudry.
On n’y voit que du feu !
À l’exception de quelques fonds verts qui piquent un peu les yeux, mais c’est si peu, tant l’ensemble est enthousiasmant.
Enfin une œuvre digne et ambitieuse sur une période essentielle de l’Histoire contemporaine de la France.
Merci à Antonin Baudry de rappeler aux producteurs et aux chaînes de télévision que l’on peut vraiment proposer autre chose que de mettre en images des gags pas drôles ou des problèmes sociaux et existentiels…
Le Cinéma pas travaillé, le Cinéma pas honoré, mais le Cinéma… libéré !
Merci, Antonin Baudry, de nous avoir compris !
Pour aller plus loin :
Critique de l’excellent et trop méconnu Sympathie pour le diable avec un Niels Schneider, déjà incroyable !
Sources :
Image d’en-tête : imdb.com
Site spécialisé :
Secrets de tournage, allocine.fr (lien)




Un très grand merci et bravo Jérôme pour ton excellente critique des deux films » La bataille de Gaulle »…j’ai été moi aussi enthousiasmée par ces deux films, pour plein de raisons que tu explicites à merveille…J’ai eu la chance de rencontrer l’ acteur Simon Abkarian il y a une trentaine d’années au théâtre du Soleil à Vincennes, je suis si heureuse de le retrouver dans ce rôle absolument magistral qui lui convient si bien. Là encore tu as tellement bien trouvé les mots pour en parler…c’est toujours un grand plaisir de te lire, pour accompagner les découvertes cinématographiques…grand merci pour ce blog et toutes mes félicitations !
Béatrice, du Morbihan
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Merci beaucoup Béatrice ! 😘
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