« Soudain » : soudainement bien !

Soudain, le nouveau film de Ryūsuke Hamaguchi, qui est reparti de Cannes auréolé d’un double prix d’interprétation féminine pour Virginie Efira et Tao Okamoto, est en salle depuis le 12 août dernier.

Il est donc plus que temps de le rattraper !

Cela tombe bien, parce que j’avais beaucoup aimé le film précédent du cinéaste japonais, Le Mal n’existe pas, dans sa manière si particulière et poétique de filmer et de mettre en lumière la nature.

Je suis donc assez impatient de découvrir comment Hamaguchi va marier son univers à un environnement et une langue totalement différents pour lui.

Honnêtement, en voyant la durée du film (3 h 15 !), j’ai eu peur de m’ennuyer, et mes craintes étaient quelque peu fondées… Durant la projection, j’ai senti des longueurs et « l’aspect documentaire » m’a gêné

Pourtant, progressivement, Marie-Lou (Virginie Efira) a attrapé mon regard. Sa douceur, sa patience merveilleuse, sa bienveillance rayonnante ont fini par m’envelopper complètement.

Son amitié simple et authentique, sans arrière-pensée, fait un bien fou à une époque où tout le monde juge tout le monde, tout le temps… Marie-Lou et Mari (Tao Okamoto) se « voient » l’une l’autre dans leur entièreté (oui, je paraphrase Avatar, mais cela résume bien leur relation, je trouve !).

Tao Okamoto (© CINEFRANCE STUDIOS – Julien Panié)

Ces deux femmes prennent le temps de se connaître, d’abord lors d’un long échange après une représentation, jusqu’à créer leur propre bulle en se parlant en japonais. Je salue à cette occasion, le travail impressionnant de Virginie Efira pour que son personnage apparaisse véritablement bilingue.

Il y a aussi la visite nocturne de l’EHPAD, véritable moment suspendu qui nous emmène, mine de rien, jusqu’à tenter de repenser le capitalisme en pleine nuit !

En dépit de ma déception première, le film n’a eu de cesse de m’accompagner depuis la fin de la séance… et j’ai compris.

J’ai compris le dispositif.

J’ai compris les plans très larges et le peu de mouvements d’appareil.

Mon sentiment est que Ryūsuke Hamaguchi veut redonner du temps au temps.

Il veut nous faire redécouvrir le bonheur de la lenteur à l’heure où chacun et chacune semble avoir un écran greffé dans la main, qui accapare toute notre attention. On passe notre vie à observer celle, « embellie », des autres, sans se préoccuper de nos voisins et voisines immédiats…

Marie-Lou, elle, prend le temps pour chacun et chacune des résidents, tout en devant faire face à des résistances, en provenance des dirigeants du groupe qui possède l’EHPAD, mais aussi de Sophie (magnifique Marie Bunel !), la doyenne des infirmières.

À travers elle, Hamaguchi montre qu’il n’est pas toujours simple de se remettre en question après des décennies de pratique, et surtout à cause d’un manque de moyens criant.

On comprend rapidement qu’elle cache une souffrance plus profonde, alors qu’il aurait été si facile de se contenter du « personnage méchant qu’on adore détester ». Marie Bunel interprète très bien cette blessure intérieure.

Cette séquence très forte d’échanges avec Sophie illustre l’essence même du film : l’écoute de l’autre, en prenant le temps, toujours et vraiment.

On se surprend à réfléchir au moyen d’accompagner nos anciens encore mieux au quotidien.

Le peu de mouvements d’appareil (que je déplorais au départ) prend alors tout son sens : la technique s’efface au profit de l’humain. Il faut allier la considération et le respect à la problématique de la dépendance.

Ce film m’a donc particulièrement touché… à la longue !

Il y a des œuvres comme celle-là qui continuent à vivre en vous, vous font réfléchir et même évoluer !

Ce genre de sensation ne m’arrive pas souvent : vivre un moment de cinéma rare et hors du temps.

Habituellement, je ne suis pas vraiment sensible au « cinéma social » (très français), mais cette fois-ci, j’admets que le regard d’Hamaguchi a permis de le rendre plus poétique et, enfin, intéressant cinématographiquement.

Je ne vais pas être original en concluant que le prix cannois de Virginie Efira, co-remporté avec Tao Okamoto (elle aussi excellente), est mérité.

Tao Okamoto et Virginie Efira au Festival de Cannes 2026

Aussi incroyable que cela puisse paraître, ce film que je n’aimais pas au départ m’a plusoudainement !

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Image d’en-tête : IMDB

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