Anaïs, le tourbillon…

Ce mercredi, la réalisatrice Charline Bourgeois-Tacquet sort, Les Amours d’Anaïs, son premier long-métrage porté par la talentueuse Anaïs Demoustier.

La comédienne incarne un personnage homonyme qui vit à cent à l’heure, littéralement ! Elle court tout le temps, et la caméra traduit ce mouvement perpétuel en bougeant en permanence.

Charline Bourgeois-Tacquet retranscrit cette énergie incroyable en ayant recours notamment à de nombreux plans séquences, pour suivre au mieux les bifurcations dans l’espace du personnage qui vont de paire, avec ses brusques changements d’humeur et d’envie.

« J’essaie de créer du mouvement dès l’écriture nous explique la cinéaste à l’occasion d’un entretien à Bordeaux.

En l’occurrence, le personnage d’Anaïs est un personnage qui parle beaucoup, qui parle vite, qui se déplace beaucoup, qui se déplace vite, tout ça est très lié et la mise en scène s’accorde à ça (…) ».

Charline Bourgeois-Tacquet (themoviedb.org)

La cinéaste défend un cinéma du dialogue : « Certains disent que le cinéma, c’est seulement des images, moi je ne suis pas d’accord, je pense que les dialogues c’est aussi cinématographique, et que l’on peut construire un film à partir de l’énergie de la parole ».

L’énergie ainsi créée amène le mouvement.

« Je construis beaucoup la mise en scène en amont, en chorégraphiant les séquences, en expliquant aux acteurs sur le plateau, quels sont les déplacements que j’attends (…), la caméra les suit », cette volonté de mouvements est « renforcée au montage ».

Charline Bourgeois-Tacquet articule d’ailleurs beaucoup son montage autour de plans séquences comme on l’a dit, un peu plus haut : « j’adore les plans séquences mais j’aime bien aussi que ça aille vite, donc, en général, je fais les plans séquences dans plusieurs axes et je [les] monte entre eux ».

Cela donne des séquences extrêmement fluides et qui témoignent, déjà, d’une grande maîtrise de la mise en scène pour un premier long métrage.

Hormis le mouvement, la propension d’Anaïs à parler sans arrêt frappe énormément le spectateur, au point de faire germer une question dans son esprit : est-ce une manière pour elle de se protéger, de cacher sa fragilité ?

« Sans doute, oui. Répond la réalisatrice. Ça va avec le fait qu’elle est toujours en mouvement, qu’elle va toujours de l’avant, et puis c’est aussi une littéraire (elle est en thèse de littérature (sic)), c’est quelqu’un qui lit beaucoup de livres (…), qui réfléchit beaucoup, qui analyse ce qu’elle vit, qui est dans cette tradition de l’analyse des sentiments ».

Cela engendre surtout un tourbillon de paroles ininterrompu qui noie rapidement le spectateur et l’épuise, au point de le faire se désintéresser presque totalement de l’itinéraire de cette jeune femme qui se cherche tant dans ses amours, que dans sa vie…

Et c’est dommage car, la comédienne Anaïs Demoustier se fond parfaitement dans le rôle. On la sent très proche du personnage, c’était déjà le cas dans Pauline asservie (2018), le court métrage qui a, en quelque sorte, préparé ce film, comme le précise Charline Bourgeois-Tacquet.

source : imdb.com

On se désintéresse donc de sa relation compliquée avec son compagnon Raoul (Christophe Montenez), de sa liaison avec Daniel (Denis Podalydès)…

Heureusement, les choses changent avec l’apparition d’Emilie (Valeria Bruni Tedeschi), la femme de Daniel qui entre dans la vie d’Anaïs, d’abord sous la forme d’une simple photographie artistique et ensuite au travers d’un nécessaire de maquillage qu’Anaïs découvre dans la salle de bain du couple…

L’Absente se fait soudain très présente et Anaïs n’a bientôt qu’une idée : la rencontrer.

Le film change alors de nature et l’on s’oriente plus vers le thème du désir, de la lente attraction des corps…

Au fur et à mesure que les deux femmes s’apprivoisent, la caméra se rapproche d’elles…

Le film se pose, en pleine nature, avec un très joli travail sur la lumière…

« Je tenais beaucoup à ce que ce soit le plus possible [tourné] en lumière naturelle nous explique la réalisatrice.

Je voulais que ce soit un film d’été, avec cette lumière très particulière de l’été, et notamment dans la deuxième partie du film, au moment où l’histoire de désir se déploie » .

Ce jeu de séduction est très beau à voir… Anaïs est soudain apaisée par le calme, la douceur et la sérénité d’Emilie, elle n’a plus besoin de courir sans cesse (au grand soulagement du spectateur !).

On peut donc dire qu’il y deux film en un ?

En vérité, Charline Bourgeois-Tacquet souhaitait avant tout faire « coexister les registres : qu’il y ait à la fois de la comédie et quelque chose que j’appelle le premier degré » pour ajouter « de la profondeur » et différents sentiments ou difficultés… sans trop vous en dévoiler.

« Je n’avais pas forcément pensé que [le film] serait à ce point en deux parties » nous confie-t-elle néanmoins.

En tout cas, cette « deuxième partie » est très réussie ! Dommage que le trop-plein d’énergie, le tourbillon de paroles du début, nous empêche d’en profiter véritablement…

Cependant, on suivra avec intérêt les prochains projets de la réalisatrice, tant sa maîtrise du mouvement impressionne et laisse présager des films tout à fait prenants à l’avenir…

La note : 5/10

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