Entretien avec François Favrat et l’actrice Najaa Bensaid pour « Compagnons ».

Le film Compagnons réalisé par François Favrat est en salles depuis mercredi.

On y retrouve Pio Marmaï, Agnès Jaoui et Najaa Bensaid dans le rôle principal.

Elle incarne la jeune Naëlle, une jeune femme vivant en banlieue et en manque de confiance, qui découvre l’univers de l’artisanat, avec les Compagnons du Devoir.

J’ai eu la chance de la rencontrer à Bordeaux, accompagnée du réalisateur pour évoquer longuement ce projet.

Morceaux choisis.

Les dialogues du film paraissent très naturels. Étaient-ils déjà écrits ou est-ce que vous avez laissé de la latitude aux comédiens ?

François Favrat – Les dialogues étaient écrits, à 100 %.

J’ai dû faire des petites variations quand il y avait quelque chose qui m’accrochait (…).

On a passé pas mal de temps avec Najaa, avec Antoine [Carrard, le directeur de casting], avec Soriba Dabo (celui qui joue Adama), comme lui, il connaît beaucoup de monde à Nantes, c’est qui m’a permis de rencontrer pleins de gens, on a fait plein d’essais : le casting nantais, c’était Soriba.

Soriba Dabo (Biche Prod)

J’ai fait pas mal de lectures, d’impros, et à partir des impros, j’ai réécrit mes dialogues « à façon » (sic), c’est pour ça que vous devez avoir une sensation de naturel, parce que je les avais fait travailler au maximum, j’avais gardé les petites pépites qui me plaisaient là dedans, chacun avait une partition assez proche.

Honnêtement, les fois où j’ai essayé (…) [de les laisser improviser], ça ne marchait pas du tout (…).

Les répétitions ont permis d’avoir un effet comme vous dites, de naturel.

Pourquoi avoir choisi de tourner à Nantes ?

Je m’y étais arrêté plusieurs fois quand j’avais tourné le film précédent à Noirmoutier, [Boomerang en 2015] (…), la ville m’avait plu.

Ensuite, quand j’ai commencé à chercher une Maison de Compagnons, j’ai commencé par Paris.

À Paris, ils m’ont orienté vers La Rochelle, [on y est allés] avec Johanne Bernard, la co-scénariste.

On a rencontré une Mère [responsable de Maison] qui est très sympathique.

Le personnage d’Adama vient de la Rochelle, où il y avait comme ça, un migrant qui avait été accepté chez les Compagnons.

La Mère aussi m’a beaucoup inspiré pour le rôle d’Agnès [Jaoui].

[Mais] la Maison était trop petite.

À Paris (…), [c’etait] joli à l’extérieur, à l’Hôtel de Ville mais dedans, c’était tout refait…

Je suis arrivé à Nantes, il y avait de l’espace (…), parce qu’il a fallu tourner avec les jeunes en formation, donc il fallait vraiment une grande Maison pour qu’on puisse utiliser la salle à manger, tourner dans la chambre, tourner dans le bureau, prendre tout l’espace…

(…)

Surtout dans cette ville, il y avait la Maison des Compagnons, la cité de Bellevue et des magnifiques quais et ponts : vous savez quand [Naëlle] rejoint son quartier au début de film, qu’elle fume un pétard dans le corbillard, ça me permettait de lier ce centre ville, avec l’endroit où eux habitent.

« Mon obsession (…), c’était « l’aspect vrai » des quotidiens de quartiers »

François Favrat

Quelle est la genèse du scénario ?

Les producteurs Daniel Preljocaj et Romain Brémond avaient été séduits par la scénariste Johanne Bernard qui avait écrit deux-trois pages sur l’idée d’une certaine ruralité qui allait rentrer dans l’univers des Compagnons.

(…).

Le scénario était vraiment écrit en m’inspirant des gens que j’ai rencontrés, que ce soit la vie de quartier, le quotidien des jeunes, le fonctionnement d’une Maison : le Prévôt dans le film, c’est le vrai prévôt (Kévin Prévôt de la Maison de Nantes).

Évidemment c’est de la fiction mais j’ai écrit en m’inspirant beaucoup du réel.

Mon obsession (…) c’était « l’aspect vrai » des quotidiens de quartiers, souvent qui sont réduits à des brûleurs de voitures…

Najaa, c’est votre premier premier rôle, comment on gère ça ? C’est un peu une pression, non ?

Najaa Bensaid – Dans un long métrage oui, c’était un premier premier rôle.

Comment on gère ça ?

J’ai essayé de me concentrer, j’avais pas envie de tomber dans le cliché, je trouve que les rôles de jeunes de cité sont souvent très clichés, ou en tout cas vraiment caricaturés, c’est un peu dommage.

J’avais envie d’être la plus sincère dans ce rôle-là.

« [Jouer], c’est un travail du corps, de l’esprit et même de l’âme ! »

Najaa Bensaid

Est-ce que, comme dit Pio Marmaï : « jouer c’est un travail manuel » ?

NB – C’est un travail du corps, de l’esprit et même de l’âme !

On utilise son corps, il faut prendre en considération l’espace.

L’esprit, parce qu’il faut retenir son texte, mais en même temps, que ce soit naturel, et puis, l’âme parce que j’essaie que ça vienne de mes tripes, que se soit sincère et en plus, c’est un partage avec d’autres comédiens.

Il y a aussi un aspect de répétition, un besoin de retravailler…

NB – Oui, c’est vrai. Je trouve qu’il y a une juste mesure à trouver parce que parfois, plus on répète, mieux c’est, et à l’inverse, plus on répète, plus on sature…

FF – Oui, à un moment, on bascule l’autre côté, c’est terrible.

NB – C’est comme la danse en fait, comme une chorégraphie, plus on répète, plus on trouve une forme de grâce mais en même temps, il ne faut pas perdre l’âme de l’œuvre.

Et la spontanéité…

FF – Exactement ! L’exercice étant aussi que les acteurs, j’aime bien ce petit détail, ne sont pas tous bons au même moment : il y a qui sont bons en 1-2-3 prises et [d’autres] commencent à 5-6, à vaguement être bons.

Vous avez échangé avec Pio Marmaï et Agnès Jaoui pour avoir des conseils sur le métier ?

NB – Oui, assez naturellement. Ils ont pu faire part de leur expérience : Pio avait parlé, à un moment donné, du « couloir du vide », ça m’avait un peu marquée.

Le fait qu’il existerait chez les comédiens, un moment où l’on serait « en détresse », c’est peut-être un peu exagéré, mais en tout cas, où on perdrait tous ses moyens.

Il me racontait que ça pouvait lui arriver même avec le temps, l’expérience et le renom qu’on lui connaît. Ça rend assez humble de se dire qu’il n’y a pas un moment donné où on maîtrise tout.

FF – J’ajouterais que, Agnès Jaoui et Pio Marmai, dès le début je leur ai dit que j’allais tourner avec des gens « pas acteurs » (sic), et, tous les deux, ont vraiment joué le jeu, de ne pas se la jouer : « tu vois, moi je suis acteur ! », pas du tout ! Ni l’un, ni l’autre !

Vraiment, ils étaient aux même niveau que les Compagnons, que Najaa… Je leur avais dit que c’était la seule façon de faire.

« Sans [les Compagnons], il n’y a pas d’âme dans le film »

François Favrat

Les Compagnons étaient partants pour faire le film très vite ? Comment se sont faits les contacts ?

FF – Je les ai rencontrés. Au début, ils étaient un peu méfiants parce que des films sur les Compagnons, il y en pas, ou de temps en temps, il y a des téléfilms (…).

Ils n’ont rien lu, ils m’ont vraiment laissé faire.

Quand ils ont compris que les valeurs, le Compagnonnage seraient présents à l’écran (…), ils m’ont laissé faire totalement, sans rien demander.

J’en avais vraiment besoin parce qu’il me fallait les jeunes, les Compagnons, la Maison… Sans eux, il n’y avait pas d’âme dans le film.

Merci à François Favrat et Najaa Bensaid pour leur disponibilité !

Compagnons est en salles depuis le 23 février.

Wild Bunch Distribution/YouTube

Image d’en-tête : François Favrat et Najaa Bensaid à Poitiers pour présenter le film © Photo NR-CP Laurent Favreuille (lien)

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