FIFIB 24 : mes coups de cœur ! 😍

La 13e édition du Festival International du Film Indépendant de Bordeaux s’est achevée, il y a tout juste deux semaines, mais je prolonge le plaisir de ce bel événement cinématographique bordelais, en vous dévoilant mes trois coups de cœur !

On commence avec Petite Maman de Céline Sciamma présenté en séance scolaire. Je l’avais raté en 2021 et c’était un tort, tant c’est un petit bijou sur pellicule !

La réalisatrice m’avait déjà enchanté avec son intense et brillant Portrait de la jeune fille en feu (2019), et elle récidive avec ce petit conte touchant et émouvant.

Nelly (huit ans), accompagne avec ses parents, dans la maison de sa grand-mère, après le décès de cette dernière, il faut trier les affaires de la défunte.

Pendant que ses parents font le vide dans la maison, la petite fille explore les bois alentours. Elle croise qui a huit ans comme elle, c’est sa petite maman.

Céline Sciamma utilise le fantastique pour évoquer, d’une manière très originale, la relation parents-enfant, et en particulier le rapport mère-fille. L’ensemble se révèle extrêmement juste, subtil et même poétique !

Les deux très jeunes comédiennes (Joséphine et Gabrielle Sanz), sœurs dans la vraie vie, sont épatantes !

Elles ont parfaitement compris le sous-texte du scénario imaginé par Céline Sciamma et leur complicité est un vrai bonheur à observer : elles portent le film à elles toutes seules, c’est un sacré exploit, à cet âge !

Les adultes, même si on les voit peu (forcément !), ne sont pas, non plus, en reste !

L’actrice Nina Meurisse, qui incarne la mère de la petite Nelly, développe un jeu tout en intériorité, d’une grande finesse.

Elle parvient parfaitement à nous faire ressentir, sans fioritures, la douleur intérieure immense de son personnage.

Le père (Stéphane Varupenne) développe également une belle complicité avec sa petite fille, dans plusieurs petites scènes du quotidien, bien menées et très touchantes à regarder. 

Avec ce film, Céline Sciamma prouve, avec éclat, qu’elle fait partie des grandes réalisatrices de notre temps, grâce a son sens du cadre et de la mise en scène, qui magnifient son propos, et lui permettent de manier aisément, tous les registres.

N’ayez donc aucune hésitation à rattraper Petite maman !

© Pyramide Films

L’autre long-métrage qui m’a marqué durant ces cinq jours de cinéphilie merveilleux est un docu-fiction intitulé Kouté vwa.

Dans ce film, le réalisateur Maxime Jean-Baptiste nous replonge dans le brutal assassinat de Lucas Diomar, un jeune homme de 18 ans, survenu à Cayenne, en Guyane, en 2012

En mêlant les temporalités (passé/présent) mais aussi la réalité et la fiction, il nous fait vivre véritablement le traumatisme ressenti par les proches et tout un quartier, encore dix ans plus tard

Cette dimension humaine très forte s’incarne magistralement dans les portraits de Melrick Diomar (jeune neveu de Lucas), de sa grand-mère Nicole (également mère du disparu) et de Yannick Cébret (meilleur ami de Lucas).

Le moments de vérité surgissent, comme lors de cette discussion entre Nicole et son petit-fils durant un trajet en voiture, point clé du film.

Les instants de fiction, qui s’immiscent aussi dans le récit, apportent des respirations et beaucoup de douceur (je pense aux très belles « séquences bleues »)…

Ils tentent d’apporter un peu de catharsis à cette terrible douleur…

Plus largement, le quotidien de Melrick en Guyane nous fait prendre conscience des difficultés économiques qui frappent ce merveilleux territoire, bien trop négligé par la métropole… mais il montre aussi sa vivacité et toute sa richesse culturelle, la place importante de la musique par exemple, qui donne la chance au jeune Melrick de se reconstruire

Le prix Erasmus+ du FIFIB est totalement mérité !

Malheureusement, ce voyage profondément fort n’a toujours pas de date de sortie annoncée… alors, messieurs les distributeurs, à vous de jouer !

Un des nombreux avantages d’un événement Cinéma, tel que le FIFIB, et qu’il propose une sélection de films, dédiée au court-métrage.

Ce format, véritable pépinière de talents, est malheureusement difficile d’accès en dehors des festivals…

C’est pourquoi, chaque année, je visionne avec beaucoup de plaisir et de curiosité, les films proposés !

C’est ainsi que j’ai pu découvrir, l’année dernière, L’excellent Rapide de Paul Rigoux, qui a connu, depuis, un parcours fantastique jusqu’aux César !

Lors de cette 13e édition du Festival International du Film Indépendant de Bordeaux, Un nouveau court-métrage a particulièrement retenu mon attention.

Il s’agit d’Adieu Émile, réalisé par Alexis Diop.

Dans ce film, le jeune cinéaste explore, avec beaucoup d’audace, les affres de la rupture amoureuse… à l’heure des réseaux sociaux !

Tim vient, en effet, de se faire plaquer par son compagnon, Emile, mais ne peut se résoudre à dire adieu à cette relation… au point de le traquer sur les réseaux sociaux !…

L’écran de cinéma (et c’est là, la belle idée d’Alexis Diop !) devient alors l’écran de téléphone de Tim ! Tout comme lui, on guette chaque activité d’Emile, on sait qui il voit, quand il les voit…

C’est vertigineux !

Nos vies sont totalement numérisées, vampirisées, aliénées par Internet et les réseaux en particulier… chaque instant de nos existences est désormais potentiellement public

Cette réalité nous arrive soudainement en pleine face, grâce au dispositif extrêmement pertinent d’Alexis Diop !

Tim se laisse enfermer dans une bulle de douleur et de jalousie, en regardant sans cesse des photos et des vidéos de son amour perdu… au point de négliger la souffrance de sa mère qui peine à se remettre de la mort de son mari et père de Tim…

Saisissant !

Le duo de comédiens (Benjamin Sulpice et Arthur Beaudoire), incarnant ce couple qui se brise, est absolument excellent, l’alchimie entre les deux hommes est impressionnante !

Avec Adieu Emile, Alexis Diop intègre, sans conteste, l’équipe des jeunes cinéastes à suivre !

Bravo aux équipes du festival pour ces excellents choix ! Déjà hâte d’être à l’année prochaine !

Pour aller plus loin :

Retrouvez le palmarès complet de la 13e édition du FIFIB ici !

Céline Sciamma sur La Pellicule Bordelaise :

Ma critique de son film Portrait de la jeune fille en feu

Paul Rigoux sur La Pellicule Bordelaise :

Ma critique de son film Rapide

Sources :

Image d’en-tête : montage personnel

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