Une « Odyssée » pas homérique…

Maintenant que les terribles incendies sont maîtrisés (énorme pensée pour les sinistrés et les pompiers ! 💓), penchons-nous sur l’un des deux gros films de l’été !

Trois ans après son impressionnant mais imparfait portrait d’Oppenheimer, Christopher Nolan s’attaque à l’un des textes fondateurs de la culture occidentale : L’Odyssée d’Homère. Rien de moins.

La bande-annonce laissait présager une parenthèse antique ambitieuse et spectaculaire.

On n’évoquera pas ici les polémiques ridicules qui ont précédé la sortie du film, repartons plutôt dans l’Antiquité pour en redécouvrir les mystères et la magie à grande échelle.

Nos aventures commencent mal : une sorte d’incipit décapite nos rêves antiques en décrivant des temps « supposés magiques ». OK…

Le Zeus de l’IMAX a donc décidé de donner une dimension plus « réaliste » à cette grande épopée classique. Soit.

On se rappelle que cette approche de Nolan avait donné un nouvel élan à la figure de Batman, au point de ringardiser quelque peu, à mon sens, les deux films de Burton, pourtant extrêmement réussis.

Ce choix apparaît pertinent, au début.

Pour preuve, le cheval de Troie se dévoile dans toute sa hauteur et je dirais même, toute sa pesanteur ! Ce mythe chevalin qui a fait son écurie au cœur de notre langage courant n’est plus seulement une métaphore lointaine, il devient concret, réel, palpable !

Ulysse, lui aussi, devient plus humain. Les épreuves qu’il traverse, ses errements, ses souffrances deviennent les nôtres ; le charisme de Matt Damon (photo) joue à plein.

Pourtant, on sent très vite que quelque chose manque et ce quelque chose… c’est tout simplement la bravoure, la dimension épique !

On n’a pas acheté un ticket pour regarder Ulysse faire sa psychanalyse aux côtés de Calypso et d’Athéna (respectivement incarnées par Charlize Theron et Zendaya, devenues de simples silhouettes, autrement dit, des figurantes parlantes !).

Ce constat est agaçant, mais il peut (peut-être !) être nuancé par les combats

Non : les chorégraphies sont bien trop expéditives et elles manquent de lisibilité, on ne sent jamais les héros en danger… Pourtant, les quelques images du tournage qui circulent sur le Net montrent à quel point les acteurs se sont investis pour exécuter au mieux ces séquences et rendre vivants ces héros guerriers.

Dommage que cela ne se traduise pas vraiment à l’écran…

Nos héros, justement, parlons-en !

Hormis Ulysse, très présent en fil rouge (normal, c’est quand même lui le personnage principal !), les autres n’ont pas l’occasion de nous montrer grand-chose… La faute à un récit qui passe du coq au cheval de Troie sans cesse !

On a Ulysse, donc, évidemment, on a Pénélope (Anne Hathaway) et ses prétendants (dont Robert Pattinson, qui en fait des tonnes…), on a Télémaque (Tom Holland, plus lisse qu’Ulysse, son père de fiction…), Circée (Samantha Morton) et même Agamemnon (Benny Safdie), en Dark Vador de l’Antiquité version Eco+ (cf. photo ci-dessous)…

Admirez ce Dark Vador du pauvre… (IMDB)

C’est à l’image de l’ensemble des costumes, qui n’ont absolument aucune dimension guerrière, aucune classe… À croire que la production s’est fournie chez l’équivalent américain de La Foir’Fouille

Où sont passés les 250 000 000 $ de budget (estimé) ?!

Certes, j’exagère un petit peu : le cheval de Troie a été conçu en vrai (on l’a vu plus haut), tout comme le Cyclope, auquel on a simplement ajouté quelques effets numériques !

Un magnifique cheval de Troie bien réel ! (IMDB)

Dommage que cela ne suffise pas au final, mais il a au moins le mérite d’exister « physiquement sur le plateau », ce qui permet aux acteurs de se projeter bien plus facilement dans leurs personnages et l’univers du film, sans devoir solliciter leur imagination face à un fond vert uniforme et vide (employé pour l’incrustation du décor a posteriori, en postproduction)…

En dépit de ce soin apporté à la forme, le film souffre d’un problème de rythme assez dingue : on s’attarde sur des scènes inintéressantes et les quelques scènes dignes d’intérêt sont expédiées !

Pire, les scènes qu’on aime et qu’on attend (« Je m’appelle Personne » ou encore les retrouvailles entre Argos et Ulysse) sont envoyées aux Enfers ! Tout comme… les Dieux (hors Athéna) ! C’est complètement fou !

Ulysse sans les Dieux c’est comme Paris sans la tour Eiffel !

Ces absences frustrent terriblement, tel Orphée voyant Eurydice, sa bien-aimée, lui échapper à jamais parce qu’il s’est retourné trop tôt pour l’admirer…

La musique n’arrive pas, non plus, à nous rapprocher de l’Olympe

C’est d’autant plus surprenant que le compositeur suédois Ludwig Göransson nous avait concocté une partition tendue, atomiquement prenante pour Oppenheimer !

Malheureusement, cette nouvelle odyssée du cinéaste britannique ne semble pas l’avoir inspiré

Aucun thème ne ressort véritablement, aucune note ne parvient à insuffler un semblant d’épique à ce récit qui en a pourtant cruellement besoin…

Christopher Nolan abandonne les fondamentaux posés par Homère pour y apposer les thématiques sinistres de notre époque : psychologie exacerbée, longueurs qui riment avec bonheur (ici, non !) et surtout, message avant l’histoire, tout cela durant pendant près de 3 h 00…

Hadès doit bien rire !

Quand l’Antique devient pathétique…

Pour aller plus loin :

Christopher Nolan sur La Pellicule Bordelaise :

Critique de The Dark Knight Rises

Critique d’Interstellar

Source :

Image d’en-tête : IMDB

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