Les Misérables de Fred Cavayé arrive aujourd’hui en salle !
Pour fêter l’événement, partons à la rencontre de la comédienne et metteuse en scène Camille Charriaud, figurante sur le film ! Elle nous raconte les coulisses de ce tournage exceptionnel !
Commençons par évoquer ton parcours…
Il est assez atypique ! J’ai fait des études scientifiques, parce que j’avais de bons résultats dans ce domaine et que je ne savais pas vraiment ce que je voulais faire. Et finalement, je me suis rendu compte que côtoyer les matières scientifiques toute ma vie… C’était pas possible [rires] !
C’est alors que je suis tombée sur la licence pro Commedia (formation sur la conception et la médiation de projets artistique et culturel). J’ai adoré suivre cette formation pendant trois ans ! Cela m’a donné la conviction que je voulais évoluer dans le milieu du spectacle.
J’ai commencé à aider une amie comédienne sur le spectacle, qu’elle était en train de créer, avant de me lancer dans le management artistique du projet, tout en vivant à Bordeaux. C’était le début : j’ai passé beaucoup de temps à expérimenter, mais le covid est passé par là et a tout arrêté…
Aussi surprenant que cela puisse paraître, je pense que cela s’est révélé être un mal pour un bien.
J’essayais toujours de me convaincre que j’étais bien dans l’ombre, que travailler pour les artistes me suffisait, etc.
En réalité, j’ai toujours fait de l’art : de la danse, de la musique… J’ai toujours aimé ça. Il a fallu me rendre à l’évidence : je devais essayer d’être artiste, tout simplement !
Et voilà !
Cela fait trois ans que je suis intermittente du spectacle ! Plus précisément, je suis comédienne, metteuse en scène et artiste du spectacle vivant.
Je suis également professeure de théâtre auprès des enfants : je leur propose des ateliers tous les mercredis après-midi depuis trois ou quatre ans, et j’adore ça ! J’adore transmettre et voir l’évolution d’un enfant sur une année, voir la confiance s’installer… C’est très gratifiant !
Le théâtre et le Cinéma sont quand même assez proches, non ?
Oui, c’est assez proche, mais ce sont quand même deux milieux assez différents. J’aimerais vraiment découvrir le Cinéma davantage, mais c’est très difficile d’y entrer, en dehors de la figuration…
Justement, ta figuration dans Les Misérables a commencé par une annonce, j’imagine…
Exactement. J’ai postulé, comme souvent. On m’a recontactée assez longtemps après… Honnêtement, je pensais que c’était tombé à l’eau ! Je me disais : « Dommage, c’est à Bordeaux, en plus c’est un film d’époque… Quelle frustration ! »
Finalement, j’ai été retenue. Un rendez-vous a été pris fin juillet pour les essayages… Le grand bain ! J’étais un peu perdue, je ne savais pas où aller, même si je connais bien Bordeaux. J’étais un peu impressionnée et stressée, pour être honnête [rires] !
C’est normal, c’est un gros projet, après tout !
Carrément !
Me voilà donc place de la Bourse, qui était devenue le quartier général de la production, le temps du tournage.
Un grand moment pour moi : c’est la première fois que je côtoyais des costumières qui me faisaient essayer des vêtements. C’était quand même la classe !

Ensuite, je suis passée dans une deuxième salle pour me faire faire une jolie coiffure pendant quinze minutes. Et j’ai eu droit à une séance photo… Le top pour une figurante, quand même [rires] !
Vous deviez tourner une scène d’émeute, c’est ça ?
Absolument. Mais le premier jour, ce n’était pas la scène d’émeute. On devait d’abord prendre nos marques. J’étais impressionnée par les détails du décor, comme les plaques d’égout recouvertes de faux pavés ! Il y avait aussi le café reconstitué sur la plage du Chapelet… C’était incroyable !
Ensuite, on a consacré deux jours à la scène d’émeute en elle-même.
Revenons aux répétitions : elles avaient lieu sur le plateau ?
Pas la première journée, qui était plutôt une formation qu’une répétition. Les cascadeurs professionnels nous ont appris à tomber après un coup de feu ou un coup de crosse, sans se faire mal. Par exemple, il fallait penser à tomber les bras près du corps pour éviter de se faire marcher dessus.
C’était impressionnant : je n’avais jamais eu l’occasion de suivre une telle formation auparavant. On utilisait des armes en mousse, certes, mais elles étaient très réalistes.
Le deuxième jour, on s’est retrouvés sur le plateau avec tous les figurants, les cascadeurs, les militaires, les insurgés… Au total, on devait être près de 200 personnes : les fusils tiraient à blanc, il y avait de la fumée partout… C’était encore plus impressionnant !
En revanche, on a beaucoup souffert de la chaleur à cause de nos tenues d’époque – manches longues en laine, jupe en laine, chaussures en cuir, chaussettes jusqu’aux genoux… Sans oublier la veste par-dessus et le maquillage qui tenait à l’alcool. C’était très dur !
Il y a même eu des malaises…
Heureusement, la production a fait attention, par la suite, à décaler les horaires de tournage pour que la place du Chapelet soit à l’ombre pendant les prises de vue.
La cour Mably, juste à côté, est devenue notre QG sur place, un endroit où poser vos affaires et vous reposer quand c’était nécessaire.
Ah oui ! C’était quand même bien organisé !
Complètement ! Au final, ce fut une expérience exceptionnelle, mais très intense !
In fine, combien de temps d’écran penses-tu avoir ?
Franchement ? Trois minutes sur les six jours… et encore, je suis large [rires] !
C’était la première fois que je participais à un tournage aussi important, qui va passer au Cinéma. Jusqu’à présent, je n’avais fait que deux ou trois jours de tournage… ou deux nuits, parfois.
Donc tu n’es pas fermée à l’idée de faire du Cinéma, ou tu veux plus te concentrer sur le théâtre ?
Ah non, je ne suis pas du tout fermée ! Ça me ferait très plaisir de découvrir le monde du cinéma, de voir comment ça se passe encore davantage, d’avoir un petit rôle ou d’autres figurations. Pourquoi ne pas faire des silhouettes aussi ? [Figurants parlants, ndlr]
Il y avait une bonne ambiance sur le plateau ?
Oui, l’équipe qui nous entourait était géniale, une vraie pépite !
Ce qui m’a vraiment marquée, c’est Anne-Lise [Tomaszewski, ndlr], la directrice de casting. Pour la figuration, elle a fait en sorte de recruter quasiment que des professionnels du milieu : des comédiens ou des jeunes en formation théâtrale.
Je trouve ça vraiment bien, parce que l’intermittence, c’est quand même un peu la galère… On court après nos cachets.
Et là, Anne-Lise nous a aidé à en obtenir et valider notre intermittence.
Je trouve ça vraiment très chouette ! C’est beau et extrêmement valorisant pour nous ! Je leur tire vraiment mon chapeau : faire cet effort en plus de tout ce qu’ils avaient à gérer, c’est vraiment génial !
Quelle différence vois-tu entre le théâtre et le Cinéma, dans la façon de jouer ou de travailler ?
Pour l’instant, je n’ai pas beaucoup d’expérience au Cinéma, mais je dirais qu’il y a une différence principale : au théâtre, tout se fait en une seule prise, si je puis dire ! On ne peut pas revenir en arrière.
Alors qu’au Cinéma, on peut refaire la prise plusieurs fois pour aller chercher ce qu’on veut, pour aller chercher une forme de perfection.
Je me souviens d’une scène qu’on a refaite peut-être cinq ou six fois… pour un sourire !
J’ai trouvé ça très beau : j’adore cette passion du détail !
Cette approche n’existe pas vraiment au théâtre, où la précision est moins poussée.
Au théâtre, on se concentre beaucoup plus sur les déplacements. Il faut, non pas exagérer, mais amplifier notre jeu en tant que comédien pour qu’il soit vu par le public. C’est pour ça que le théâtre filmé c’est souvent un peu difficile et que ça peut paraître artificiel : ce n’est pas fait pour être filmé, mais vu sur le moment.
Autre différence importante selon moi : au théâtre, on ne sait pas où se porte le regard du spectateur. Par exemple, pendant une représentation, j’aime regarder les personnages qui ne parlent pas, pour observer leurs jeux corporels. Alors qu’au Cinéma, la caméra nous montre quoi regarder.
Exactement. La caméra est un point de vue. J’ajouterais qu’il y a une chose qu’on ne sait pas forcément : il est difficile de garder la fraîcheur d’une prise à l’autre…
Complètement !
Je repense à des séquences où on consolide la barricade : on devait se passer des chaises et des tables de main en main.
Première prise : on les met.
C’est coupé : on les enlève.
Deuxième prise : on les remet, etc.
Tout ça dix fois dans la journée ! À la dixième prise, l’équipe veut qu’on ait la même énergie… Ce n’est pas simple !
C’est sûr, mais c’est passionnant ! Durant ces journées, vous avez échangé un peu avec le réalisateur Fred Cavayé, où il restait dans son coin ?
Ah non, il était souvent avec nous !
Il y a eu plusieurs journées où il n’y avait que les figurants sur le plateau, sans les acteurs principaux. Je n’ai pas discuté personnellement avec lui, mais il nous parlait collectivement et nous a fait visiter les coulisses à la fin du tournage. Il était très sympa !
Pour terminer, quelle est ton actualité ? Tes projets théâtraux ?
Avec ma collègue Elisa, violoniste, nous avons créé le spectacle Au Rythme des Saisons de Vivaldi qui propose des concerts contés interactifs et poétiques pour chaque saison de Vivaldi.
Entre violon et textes originaux du compositeur (lus en français et en italien), nous invitons le public dans un moment d’immersion sensorielle au fil des changements de saison. Le théâtre et le violon se mêlent pour donner vie au chef-d’œuvre de Vivaldi : Les Quatre Saisons.
Pour le jeune public (à partir de 11 ans), nous avons également imaginé La Quête d’Arlette la Coccinelle, une lecture théâtrale et musicale à vivre en famille.
Nous racontons l’histoire d’Arlette, une petite coccinelle au cœur d’un jardin magique, qui part à la recherche de ses pois disparus. Au fil de ses rencontres, elle apprend le courage, la patience et l’amitié.
Cette lecture musicale allie une narration vivante, à la poésie du violon, pour offrir un spectacle sensible et captivant.
Un moment à partager en famille, qui invite petits et grands à s’émerveiller ensemble.
Enfin, je prépare Formica, adapté de la bande dessinée éponyme de FabCaro.
Sur la saison 2025-2026, nous avons terminé la création du spectacle grâce à des résidences artistiques dans plusieurs lieux, avec quasiment une résidence par mois.
Nous avons eu la chance de pouvoir travailler Chez Simone a Cenon, au Cuvier d’Artigues-près-Bordeaux, au Théâtre en Miettes de Bordeaux, et a La Coupole de Saint-Loubes.
On a déjà pu montrer le spectacle au public à l’occasion de deux représentations Chez Simone à Cenon en avril dernier (pour les scolaires) et au Cuvier d’Artigues-près-Bordeaux pour une session ouverte à tous les publics, cette fois.
Les deux représentations étaient organisées dans le cadre du festival consacré à la bande dessinée Faites Des Bulles à Bassens et c’était incroyable !
Désormais un autre challenge difficile mais passionnant commence : faire vivre le spectacle en le faisant jouer dans des salles.
Un grand merci à Camille Charriaud de m’avoir ouvert les portes des coulisses du tournage bordelais des Misérables !
Son parcours et ses projets passionnants et fédérateurs sont la preuve qu’elle est bien loin de faire de figuration dans son métier !
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Image d’en-tête : Camille Charriaud/Instagram





