Un magnifique portrait… un peu brouillon.

Aujourd’hui, Pingouin & Goéland et leurs 500 petits sort en salles, un merveilleux documentaire signé Michel Leclerc (réalisateur connu notamment pour l’excellent film Le Nom des gens, sorti en 2010), consacré à un couple de héros (il n’y a pas d’autre mot), Yvonne et Roger Hagnauer (alias Goéland et Pingouin, photo), fondateurs de la maison d’enfants de Sèvres, un établissement d’éducation alternative venant en aide aux orphelins.

Fondée durant l’Occupation, cette école, pas comme les autres, va servir de merveilleux refuge à de nombreux enfants juifs, au nez et la barbe du Régime Vichy ! Parmi eux, la mère de Michel Leclerc… On découvre alors avec lui, cette merveilleuse aventure qui redonne foi en l’humanité !

Mais pourquoi ne pas avoir opté pour une fiction pour raconter cette histoire fantastique ? « [Cette idée] m’a momentanément traversé l’esprit, confie le réalisateur dans le dossier de presse. Mais je n’avais pas envie d’une fiction hagiographique. Or, Pingouin et Goéland sont des héros, en tout cas pour moi, et je n’ai pas l’habitude de raconter des histoires héroïques.

Cette forme documentaire que j’ai trouvée de façon très empirique me convenait mieux. Et puis dès lors qu’existaient de nombreuses archives de Pingouin et Goéland, autant les utiliser et construire le film à partir de ce matériau ».

Il est vrai que le documentaire fourmille d’images, avec des trésors, comme cette interview du couple entrevue sur VHS qui permet d’avoir leur propre regard sur cette période majeure de leur existence.

C’est d’ailleurs cette archive qui permit au réalisateur de se lancer, comme il le précise lui-même : « C’était le document qui me manquait, leur parole ».

L’ensemble est diablement réussi, touchant, fortement émouvant, le genre de film « qui fait du bien », comme on dit souvent dans ce genre de cas.

On a envie d’hurler un immense merci à ce couple incroyable qui a pris tous les risques, en des temps terriblement troublés, pour sauver des enfants du pire…

En plus, le film ne se limite pas aux années de guerre, et va bien au-delà comme Michel Leclerc l’explique plus loin.

Plus globalement, il n’hésite pas à jouer avec les codes du documentaire, en interrompant la narration traditionnelle en voix-off, par des interventions face caméra (filmées au smartphone) pour se confier directement au spectateur.

Le récit est également agrémenté de très jolies séquences animées (conçues par l’illustrateur Sébastien Laudenbach) pour, par exemple, donner vie à une archive audio du mime Marceau datant de 1979, dans laquelle il raconte avoir accompagné une petite Juliette à la Maison des Enfants de Sèvres.

Cette fillette n’est autre que la mère du cinéaste !

« J’étais halluciné. Raconte ce dernier. (…) J’avais du mal à y croire mais j’ai vérifié, tout correspond: les dates, les descriptions, les prénoms mentionnés…

(…) Ce qui est curieux, c’est que ma mère ne m’a jamais parlé de Marceau, n’a jamais été voir un de ses spectacles ».

Sa mère a d’ailleurs une place importante dans le documentaire, c’est très touchant, là encore, on parle aussi d’éducation alternative, tout cela part un peu dans tous les sens… et c’est là que le bât blesse !

En effet, Michel Leclerc donne l’impression d’avancer au fil de sa pensée et on a, par moments, un peu de mal à suivre…

En revanche, cet aspect « brouillon » est totalement assumé de sa part, il explique : « je voulais que le film soit vivant, comme l’étaient ce lieu et ces gens… Eviter l’emphase, que le film puisse emprunter des chemins de traverse, éviter l’autoroute du film documentaire sur la guerre… au risque d’être brouillon mais ça m’est égal.

Etre brouillon est pour moi un signe de vitalité hybride, pourquoi pas le bordel ? Dans tous mes films, je combats l’idée de pureté, sous toutes ses formes. Je tiens à faire un cinéma hybride, qui mélange les genres et les tons.

Je ne voulais surtout pas que le film se limite à la période de la guerre, aux enfants cachés, mais prendre le sujet dans sa globalité, c’est-à-dire à travers l’itinéraire intellectuel, politique et artistique de ces deux personnages, des années 1920 aux années 1970″.

Ainsi, bien que tortueux, cet itinéraire est passionnant à suivre.

La note : 7/10

Bande-annonce :

Film Francophone d’Angoulême/YouTube

Sources :

Image d’en-tête : © Sophie Dulac Distribution

Dossier de presse du film

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