L’ode au désir d’Audiard…

Ce mercredi, Les Olympiades, le nouveau film du grand Jacques Audiard débarque dans nos salles et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il surprend !

D’abord, dans sa forme, avec ce noir et blanc très lumineux, et ensuite, dans son ton, qui laisse beaucoup de place à la comédie, un genre, jusque là, plutôt délaissé par le cinéaste.

Mais pourquoi ce choix du noir et blanc ?

Cette interrogation n’a pas manqué d’être soulevée, dès la fin de la projection du film, à l’occasion de la Masterclass que Jacques Audiard a donné, il y a quelques jours, avec le musicien Rone (compositeur de la très belle musique du film), au cinéma Utopia, dans le cadre du Festival International du Film Indépendant de Bordeaux.

« j’ai fait pas mal de films à Paris, j’ai pas mal tourné dans Paris. Détaille le cinéaste.

En fait, j’étais fatigué de la photogénie de Paris, très romantique, assez muséale, très refermée sur lui-même (sic), où il n’y a pas beaucoup de perspectives, au sens graphique du terme.

Les Olympiades, c’est un très très beau quartier, le 13e arrondissement, pour moi, c’est l’arrondissement qui a le plus bougé peut-être ces vingt dernières années (…).

Ça s’élève, ça grandit, ça monte. Il y a des avenues, comme l’Avenue de France, ce sont les seuls endroits où il y a 2-3 kilomètres de perspectives, à Paris, c’est rare, c’est vraiment rare.

Le noir et blanc est venu pour ça, pour renforcer cet aspect-là ».

Ce côté très « graphique » du film est mis en exergue, dès l’ouverture du film, pour un magnifique plan capté à la grue, qui dévoile le quartier dans toute son ampleur et sa verticalité.

Les noms des comédiens et comédiennes apparaissent également, chacun leur tour, sous forme d’initiales, ce qui renforce ce jeu graphique développé tout au long du long métrage.

La voix mélodieuse d’Emilie (magnifiquement incarnée par Lucie Zhang, dont c’est l’un des premiers rôles au cinéma) accompagne le mouvement de grue, donnant le ton très sensuel du film.

En effet, le désir ne tarde pas à enivrer les personnages et Audiard le filme dans toute sa beauté, son intensité, sa fugacité aussi, sans voyeurisme.

Au travers de cette sublime attraction des corps, il questionne le désir, à l’ère d’Internet, et surtout, des applications de rencontres qui pullulent dans nos téléphones, modifiant notre rapport à l’autre en privilégiant souvent cette fameuse attraction, au détriment de la connaissance de son ou de sa partenaire…

On découvre également les excès ce « désir 2.0 », connecté, au travers de la terrible expérience vécue par le personnage interprétée par Noémie Merlant (photo).

L’actrice, déjà formidable dans Portrait de la jeune fille en feu (2019) de Céline Sciamma (dont on avait chanté les louanges ici), marque encore les esprits.

Elle fait étalage de toute l’étendue de son jeu, passant avec aisance d’une émotion à l’autre, de la douceur à la dureté, en étant toujours très juste. C’est sans conteste, l’une des comédiennes les plus douées de sa génération.

À l’inverse, le film se montre beaucoup plus maladroit dans sa volonté de dénoncer les excès du net en grossissant trop le trait…

C’est dommage, car cela gâche la plaisir d’une œuvre qui est, par ailleurs, très bien écrite, avec des répliques qui font mouche et sont souvent très drôles.

Jacques Audiard a élaboré le scénario avec Léa Mysius et Céline Sciamma (aussi douée à la réalisation, qu’au scénario, donc).

Le trio a adapté trois romans graphiques (des « bandes dessinées plus littéraires ») de l’auteur américain Adrian Tomine (Amber Sweet, Killing and dying et Hawaiian getaway).

Mais comment fait-on au final pour accorder trois visions d’une même histoire ?

« Comment s’est passé le process ? Réagit Jacques Audiard. J’ai appris à leur résumer. Avec Céline au départ, on adapte les nouvelles de Tomine, ça donne 2-3 version d’un scénario d’une adaptation, et avec Léa, on adapte le scénario de Céline ».

Mais, au delà de l’écriture, on sent également que le tourbillon du désir qui entraîne les personnages, est avant tout, une quête d’eux-mêmes: ils se cherchent autant qu’ils cherchent les caresses et les corps de leurs partenaires…

« [Avec Léa] précise Jacques Audiard. On avait assez envie, ça peut paraître curieux, d’avoir des personnages… pas très sympathiques : ils s’aiment beaucoup, ils s’adorent, ils se regardent 3-4 fois dans le miroir, ils s’écoutent parler comme c’est pas permis [rires] ! J’aimais bien ça.

Ça vient un peu d’Eric Rohmer, ça vient un peu de Ma nuit chez Maud (1969) »

En effet, les personnages sont quelque peu agaçants mais pas antipathiques.

C’est le tour de force du scénario qui parvient à les caractériser parfaitement, en traduisant très bien la complexité des sentiments humains.

La vie est une évolution que vivent également nos héros.

Découvrez vite cette belle évolution en salles, ce mercredi.

La note : 7,5/10

Sources :

Image d’en-tête : © Shanna Besson

Fiches films

Les Olympiades sur Allociné (lien)

Ma nuit chez Maude sur Allociné (lien)

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