En octobre dernier, le tournage de la grosse production polonaise consacrée au grand Frédéric Chopin, a créé l’événement dans le centre-ville de Bordeaux !
Retour sur les coulisses de cette très belle collaboration entre le monde du Cinéma, Bordeaux et le département de la Gironde, évoqués lors d’une table ronde professionnelle ayant pour thème L’Étude de cas du film « Chopin, Chopin ! » : Accueillir un tournage international d’époque. Coopération territoriale, la clé du succès ?
C’était le 17 avril dernier, au siège du département.
Cette table ronde passionnante a réuni Marie Rateau (directrice de Gironde Tournages), Justin Pechberty (producteur chez Les Valseurs), Mathieu Arbes et de Sylvie Goulard (mairie de Bordeaux), autour du podcasteur Charles Edouard Woisselin, qui guidait les échanges.
Avant de rentrer dans le vif du sujet, il est important de remonter quatre ans en arrière…
Cette année-là, la société de production, Les Valseurs, ouvre ses bureaux bordelais, fruit de l’association entre les producteurs Justin Pechberty, Charles Audinet et Nabil Bellahsene, avec, pour objectif au départ, de produire des documentaires et des films, en coproduction internationale.
En 2023, Les Valseurs accompagnent, sous l’impulsion de Charles Audinet, la production d’un court-métrage tourné à côté de Saintes, en Charente-Maritime.
Ils y font la connaissance de Yulia Korab-Kowalska, une régisseuse générale franco-polonaise.
Une régisseuse générale est chargée d’assurer le bon déroulement du tournage, en s’occupant de la logistique (acheminement du matériel sur le plateau) et en veillant au confort et à la sécurité des équipes (comédiens, techniciens etc.) pendant la production du film.
Quelques temps plus tard, Yulia Korab-Kowalska recontacte alors Les Valseurs pour leur proposer d’assurer la production exécutive de Chopin, Chopin !.
Qu’est-ce que la production exécutive au Cinéma ?
Cela consiste à assurer la bonne « exécution » du projet confié par le producteur délégué (qui assure le financement du long-métrage).
La production de Chopin, Chopin ! choisit Les Valseurs Bordeaux parce qu’elle a envie de travailler avec une société de production implantée localement et qui a, aussi, une expérience internationale.
C’est Charles Audinet qui mène cette production exécutive.
À ce moment-là, les recherches de décors dans Bordeaux ont déjà commencé, avec Gironde Tournages.
Les premiers contacts avec le département (via Gironde Tournages, donc) ont lieu un an et demi avant le début des prises de vues, prévues à l’automne 2024.
L’idée est de, si l’on peut dire, « tourner à Paris, sans aller à Paris ».
Yulia Korab-Kowalska cherche les décors potentiels avec l’aide de Claire Verlhac (de Gironde Tournages), en concentrant les recherches sur Bordeaux centre pour mettre l’accent sur une « ambiance XIXe siècle », l’époque du film, bien sûr.
Très vite l’Opéra (le Grand Théâtre), et la place du Chapelet sont retenus.
Le reste des repérages se fait en se basant sur ces deux lieux emblématiques de la ville.
Yulia Korab-Kowalska prend également contact avec Sylvie Goulard, en charge des autorisations de tournages à la mairie, fin 2023.
Une fois qu’un décor est choisi, cette dernière s’occupe de contacter les services de Bordeaux Métropole pour leur demander s’il est possible de l’utiliser à telle date, et également, vérifier, par exemple, si des travaux sont prévus ou pas.
D’une manière générale, l’objectif est de tout faire pour que le tournage se passe bien, sans trop impacter, les riverains, les commerçants ou encore les usagers de la ville.
Chose qui n’est pas forcément simple : ainsi, trouver une fenêtre de tournage sur la place du Chapelet a été particulièrement difficile…
Justin Perchberty parle à ce sujet, en souriant, d’un « Chapelet gate », tellement il y avait de paramètres à prendre en compte, les travaux qu’il fallait décaler, le Festival International du Film Indépendant de Bordeaux qui organisait des événements, au même moment, dans la cour Mably, juste à côté, etc.
Il y a eu aussi ce petit problème avec les bornes incendies : l’équipe du film souhaitait récupérer de l’eau, par ce biais, comme cela se fait sur d’autres tournages, mais la régie des eaux s’y opposait…
Heureusement, la magie du Cinéma a opéré et les choses ont fini par se débloquer.
Tout cela a demandé beaucoup d’anticipation, de temps, de coups de téléphone, d’échanges de courriels etc. pour parvenir à concilier le temps court de la production d’un film, et celui, beaucoup plus long, des collectivités locales.
En revanche, il n’a pas été possible de tourner à la porte du Palais Rohan (l’Hôtel de Ville), qui avait pourtant été choisie pour apparaître dans le film, du fait de sa restauration, toujours en cours.
Pour rappel, elle avait été incendié, le 23 mars 2023, en marge des manifestations contre la réforme des retraites…
Cependant, malgré ces difficultés, Justin Perchberty souligne l’harmonie qu’il y a eu entre la ville et le tournage.
L’équipe du film logeait dans le centre pour permettre à ses membres de pouvoir se rendre, au maximum, à pied, à vélo, ou en transports en commun sur le plateau : le réalisateur Michal Kwiecinski lui-même marchait beaucoup et rentrait en tram, le soir !
Plus largement, la venue d’une telle production à Bordeaux, a permis l’emploi de 150 techniciens et techniciennes locaux (sans compter les figurants) !
Elle a engendré des retombées sur l’hôtellerie et la restauration et enfin, pourra, peut-être, contribuer (si le film est un succès en salles) au rayonnement futur de Bordeaux en France et à l’international.
Au-delà de toute ces considérations financières fondamentales, un tel tournage a apporté quelque chose en plus, en comparaison aux autres secteurs d’activités économiques : il a offert un petit peu de rêve et c’est follement important à notre époque follement anxiogène !
Les gens venaient voir le plateau, rue de la Rousselle notamment.
« On recevait des appels qui nous demandaient où se déroulait le tournage pour venir le voir. » confie ainsi Sylvie Goulard.
« Si on avait su, on aurait organisé des visites du décor ! Renchérit dans un sourire Justin Perchberty. Une prochaine fois peut-être ? ».
Espérons, en effet, qu’il y aura de nombreuses prochaines fois, de nombreuses parenthèses enchantées cinématographiques comme celle-ci, qui dynamiseront encore notre belle ville et permettront, aux Bordelais et Bordelaises, de continuer à rêver…
Pour aller plus loin :
Redécouvrez des photos du tournage ici et ici !
Plus de tournages sur La Pellicule Bordelaise :
Le Passage furtif du Corniaud à Bordeaux
Les Fugitifs : retour sur le tournage ! avec Invisible Bordeaux
Sources :
Image d’en-tête : Gironde Tourisme
Enregistrement personnel :
Table ronde Étude de cas du film « Chopin, Chopin ! » : Accueillir un tournage international d’époque. Coopération territoriale, la clé du succès ? au siège du département de la Gironde, le 17/04/2024.
Article de presse :
Bertrand Ruiz, Porte incendiée de la mairie de Bordeaux : poids, installation, conception… ce que l’on sait de son remplacement, sudouest.fr, 02/11/2024 (lien)








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